Chapitre 29, où Fort Fort Lointain investit la capitale

 Ah y’est. Terminé. J’ai dit au revoir aux terribles 5e tout à l’heure. « Ah…ça y’est Mme E. revient. Et bien bonne route » m’a dit le principal adjoint avec l’air de s’en foutre, mais alors de s’en foutre… Et les 5e ont été égaux à eux-mêmes. Antonin surtout qui une fois exclu (pour, entre autres, avoir demandé si depuis son accouchement Mme E. avait « dégonflé » et s’être exclamé « je m’en fous de votre contrôle ») a cru bon de me saluer d’un « espèce de sale chien ». Silence choqué des autres élèves pendant que mon stylo consigne le tout pour le futur rapport dans le plus grand calme. Cette affaire se finira en conseil de discipline. Tôt ou tard. Mais sans moi.

Bizarre de quitter un lieu qu’on n’a jamais vraiment investi. Trois heures par semaine au collège c’était peu mais suffisant pour remplir quelques pages sur ce blog. Le constat d’échec est assez total avec les 5e. Je suppose que ça arrive. Parfois.

Allez, retour au lycée où tout n’est pas fini. Encore deux jours à passer là-bas. Les deux derniers de l’année pour les BEP. Je vous laisse imaginer l’ambiance. Au beau milieu d’un beau documentaire sur 68 les prépro me demandent comment il fait Bruce Willis pour faire 4 litres avec un bidon de 3 litres et un bidon de 5. C’est vrai ça, comment il fait?

Mais trève de Bruce, car comme certains collègues lecteurs le savent, la saison des conseils arrive, et qui dit saison des conseils dit plus de boulot. Alors je n’ai pas pris le temps la semaine dernière de vous parler de la sortie aux grands magasins des BEP. BEP vente pour être précis. Ce qui explique la sortie aux grands magasins. coupolelafayette.jpg

Pour tout dire c’était assez marrant de voir un bus de Fort Fort Lointain se frayer un chemin (en 2h tout de même) jusqu’au boulevard Haussman, à quoi, à peine 10 minutes de métro de chez moi. C’est bien la seule fois de l’année que je jouais à domicile.

Me voici donc avec quatre élèves de BEP à arpenter le Printemps et les Galeries, un gros questionnaire plein de questions de vente à la main. Et c’est là qu’on se rend compte que Fort Fort Lointain … c’est loin. Totalement paumés les BEP. Et puis sérieux monsieur c’est quoi ces gens. Vous avez-vu comment ils parlent. C’est trop un truc de bourges ici. Et c’est quoi ces prix. Y’avait une jupe. 495 euros la jupe. Sérieux je trouve la même à H & M (au centre commercial du coin) pour 15 euros. Et l’éclair? Vous avez vu monsieur? Une éclaire au chocolat : 5 euros. Sérieux l’éclair elle était à 5 euros.

Bon, ils ont pas tort les BEP, c’est un monde particulier les grands magasins. Mais Fort Fort Lointain aussi. On doit tous être le monde particulier de quelqu’un.

Bref, tout cela pour dire que le dépaysement était total. Même pour les collègues. « Franchement comment tu fais pour vivre ici » fut la première et dernière remarque de la journée. Mais pas la plus belle. Non, celle-là c’est Julie qui nous l’a donnée. En effet, la chasse au trésor aux Galeries Lafayette (rien à voir avec Chris je suppose), se terminait par un petit pantheon.jpgpassage sur la terrasse. Objectif : repérer trois monuments. Bon alors ok, là y’a la tour Eiffel. Et le truc là-bas? C’est l’arc de triomphe monsieur. Et ça ? Ben c’est une mosquée. Euh… non, Julie ça c’est le Panthéon. P-A-N-T-H-E-O-N. Pas grave, on reprend. Et la coupole dorée ? Silence gêné de mes quatre mousquetaires. C’est les invalides. Ah… c’est pour les handicapés? Euh… c’est un peu plus compliqué que ça Jimmy.

La fin d’après-midi venue, profs et élèves s’en sont retournés vers Fort Fort Lointain, pas mécontents de leur journée, pas mécontents de rentrer. Et moi je suis resté. Faut croire que quelque part nous étions amenés à nous séparer.

Le preux chevalier.

Ps : et la suite me demanderez-vous? Soyez rassurés, j’ai déjà reçu trois coups de fil du rectorat pour savoir si j’étais encore en poste (un problème de passage d’information entre l’établissement de rattachement de Mme E., elle aussi TZR et le mien). Je suppose donc que là-bas on m’attend de pied ferme. Pour aller faire quatre semaines dans un autre collège. A coup sûr un gage de qualité pédagogique.

Chapitre 28 : où un SOS est lancé.

Un pont, un viaduc, un aqueduc, que dis-je, le tunnel sous la manche en personne. Que n’ai-je pas entendu sur les jours quepontdugard12.jpg  nous traversons. Et ces feignasses de l’Education Nationale qui allaient sans doute en profiter pour encore rien foutre. La force de l’habitude. Et bien à cela je réponds : que nenni! Sans fierté aucune d’ailleurs. Il ne m’est jamais venu à l’esprit de faire le pont et heureusement. Certains rares collègues n’ont pas les mêmes scrupules. Mais nous les connaissonsdéjà : Mr M. avait un problème de voiture, et le prof de SES, qui à lui seul a donné envie à toute la seconde 6 de faire « tout sauf ES », n’a sans doute pas daigné se lever. Pas la peine de s’éterniser sur ces cas, je crois que tout le monde est d’accord sur ce qu’il faudrait faire. Sécurité de l’emploi ne signifie tout de même pas droit à faire n’importe quoi.

Comme quoi on peut-être un odieux gauchiste, voire même un proto trotskiste-soixante-huitard et ne pas trouver des excuses à tout le monde. Tenez, cette semaine j’ai reçu par l’intermédiaire d’une connaissance une lettre de l’association SOS Education, qui me demandait en substance si je voulais bien donner un peu de mon argent pour restaurer l’autorité à l’école. Ah ben tiens, me suis-je dit, comment qu’on fait pour acheter de l’autorité avec de l’argent? Pas encore cotée en bourse l’autorité à ce que je sache…

Peut-être s’agissait-il d’engager une sorte de milice. Un pseudo-flic par salle de cours, voilà la solution.

SOS Education donc. Rien que le titre est tout un programme. Si vous avez la chance de ne pas les connaître, je vous conseille de ne pas aller sur leur site internet que l’on trouve facilement sur google. La visite est particulièrement éprouvante. Sinon un tour rapide vous permettra de vous rendre compte de leurs motivations.

Mais que contenait donc cette lettre, me direz-vous, la curiosité piquée par mes phrases alambiquées? Un petit descriptif est ici de rigueur. Pour commencer, la lettre vous demande si, oui ou non, vous vous êtes bien rendus compte que l’Education Nationale est en train de mourir. Si si. Et pas à petit feu. A vrai dire elle ne forme plus que des abrutis et bientôt plus personne ne saura lire ou compter.

Heureusement, la solution existe. Elle s’appelle Mme Paradis. Joli nom. Une façon de vous dire qu’avec elle on montait au septième ciel.

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Chapitre 27, où les enseignants s’en vont manger des pommes.

 Un petit déménagement, des vacances et une longue absence sur le blog. Mais demain c’est la rentrée pour la zone C et pour le blog aussi, y’a pas de raison.

A vrai dire j’attendais d’en savoir un peu plus sur la suite des événements pour reprendre le blog et franchement, si on avait suivi les canaux traditionnels (rectorat tout ça, tout ça…), on aurait pu attendre longtemps. Ici un petit rappel des événements précédents s’impose. En effet j’ai été affecté à Fort Fort Lointain depuis la mi-janvier et en théorie jusqurgences7.jpgu’au vacances de Pâques. « Pas de soucis, le remplacement sera prolongé au moins jusqu’au mois de juin » m’avait-on dit au rectorat. Sauf que les vacances sont venues et toujours pas de nouvelles. Léger flottement à la direction du lycée, coup de fil du secrétariat à la collègue que je remplace et un verdict un peu étonnant : la décision est programmée au 3 mai, soit à peine deux jours avant la rentrée, après visite de ma collègue chez le médecin. Et voilà donc la fin de mon année subordonnée à l’humeur d’un gentil monsieur avec un stéthoscope.

Hier après-midi, coup de fil de ma collègue donc et confirmation, je repars à Fort Fort Lointain pour quatre semaines. Il est important ici de préciser que vous, lecteurs, détenez là une information privilégiée, classée secret éducation nationale. En effet, je doute que qui que ce soit au rectorat soit au courant. Ce qui ne m’empêchera pas de reprendre demain. Et d’appeler le rectorat? Non, faut pas pousser quand même. S’ils veulent en savoir plus, ils ont qu’à lire mon blog.

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