Ooops

I did it again.  J’ai oublié de mettre à jour mon blog. J’en aurais pourtant des choses à raconter. Mon tour du monde du 93 pour distribuer des tracts pour le syndicat;  la visite de l’inspecteur pour une réunion tout en décontraction, enfin presque; les opérations de dépouillement des élections avec les syndicalistes voisins qui veillent au grain, relevant la moindre infraction possible alors qu’eux-mêmes sont en perpétuelle infraction avec les codes du bon goût (cheveux salles, lunettes triple foyer, pull tricoté par grand-mère et barbe de 12 jours) ; les projets assez géniaux menés au lycée avec le Brésil, le Lesotho, le Swaziland et le sultanat de Brunei (cherchez les intrus) ; et puis plein de bons, de grands moments avec les élèves parce que c’est aussi ça l’éducation nationale.

Bref, tout ça pour dire que j’ai pas le temps, mais que je l’aurai bientôt ou peut-être pas mais peut-être que si. Allez, juste pour le fun la réponse la plus mignone de l’année. A la question « racontez en détail les événements qui se sont déroulés en Terre Sainte de la fin du XIème siècle au début du XIIIème siècle », Aicha a répondu : « D’abord il y a eu la première croisade. Puis ensuite la deuxième. Et ensuite la troisième. Et enfin la quatrième ». C’est on ne peut plus logique.

A bientôt (promis je vais faire des efforts)

Le preux chevalier.

En veille

La première fois que j’en ai entendu parler, c’était sur une des listes mails du syndicat. J’ai pas trop compris de quoi il s’agissait. Et puis j’ai vu un ou deux articles ici et là sur Internet. Sans trop y prêter attention. Mais quand je suis arrivé au lycée jeudi, et que j’ai vu les trois feuilles A3 plaquardées au dessus de l’entrée de la salle des profs, avec les points importants surlignés en jaune pour les fainéants et la mention “le ministère veut nous surveiller” en guise d’introduction, je me suis dit qu’il était peut-être intéressant de réfléchir à la question.

Alors voilà, le ministère veut nous surveiller. Surveiller ce qui se dit de l’éducation sur la “toile”. Vaste entreprise. Il a lancé un appel d’offre pour une “veille d’opinion dans l’éducation”. Qui voudra bien surveiller Internet pour le ministère? Se farcir la lecture de milliers de blogs enseignants racontant peu ou prou tous la même chose? En tout cas je souhaite bon courage à celui qui devra se les coltiner au lieu de regarder la saison 4 du Dr House sur TF1.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais moi, j’en pense quoi de l’appel d’offre pour une “veille d’opinion dans l’éducation”? Ben d’abord, je pense à ma télé. Parce que le dernier appel pour une veille dont je me souviens, c’était Nicolas Hulot qui le lançait. Il nous demandait d’éteindre correctement nos téléviseurs. De pas faire nos feignasses et de couvrir, en deux ou trois pas, au choix, les trois mètres qui nous séparent de notre téléviseur pour l’éteindre correctement. Un bon moyen de faire des économies d’énergie. Celle du téléviseur, pas la nôtre bien sûr.

Non mais sérieux, j’en pense quoi de tout ça? Parce que je me suis un peu documenté et la plupart des gens ont un avis très tranché sur la question. Il y a ceux qui pensent que c’est le début de la fin, les prémices d’un management orwellien de l’éducation nationale. Bienvenue dans l’URSS de Staline où tout le monde surveille tout le monde et où le premier mot de travers vous enverra au rectorat. Je me demande d’ailleurs s’il n’est pas un peu dangereux d’écrire cet article. Peut-on retrouver ma trace? Dois-je me trouver un super pseudonyme? J’ai toujours rêvé de m’appeler Mike Johnson, c’est peut-être une bonne occasion pour commencer, non? Et si je diminuais la taille de la police, peut-être que ce serait un bon moyen d’échapper à la Veille.

Allez, c’est décidé, je passe au caractère 8. Dès la prochaine phrase. Ah mince, je trouve pas comment on fait sur le blog. Sûrement un coup du ministère.

Bon, mais le côté 1984 c’est pas le seul son de cloche qu’on entend sur Internet -où qu’on lit plutôt, mais c’est dur de lire un son de cloche. Non, il y a aussi ceux qui disent, et notamment au ministère, que la Veille c’est juste une revue de presse améliorée, qu’il faut bien qu’on sache ce que les gens pensent et que de toute façon ça existe depuis 2006, alors si ça existe depuis 2006 c’est que ça doit pas être trop problématique. On veut juste faire des statistiques, pas de noms, on vous promet.

En fait moi ce que j’en pense, c’est que je ne sais plus trop qui croire. Les collègues, un brin paranos peut-être, qui voient derrière chaque geste du ministère une odieuse manoeuvre de subversion, prêtant à certains de nos hauts responsables une intelligence démoniaque dont ils ne jouissent probablement pas – à leur plus grand regret. Ou ce même ministère qui essaie de nous endormir et semble pouvoir justifier tout et n’importe quoi, même des mesures dont on peut penser qu’elles font un peu tâche dans une démocratie.

Pour tout dire, ce que j’en pense surtout, c’est que la Veille reflète bien l’état désastreux des relations entre le ministre et ses enseignants, la méfiance regnant désormais sans partage de part et d’autre. Si on éteignait un peu la Veille et qu’on essayait, des deux côtés, de construire un vrai dialogue social, on en ferait sans doute de belles, des économies d’énergie.

Le preux chevalier

ps : Chevalier en pleine surcharge de travail avec élections, copies de terminales, toutes nouvelles classes de 5e et 4e pour quelques semaines et projets expérimentaux qui déchirent. Alors chevalier pas très bruyant sur le blog.Mais ça devrait s’arranger au mois de décembre.

pps : et désormais chevalier parler de lui à la troisième personne comme Jules Cesar. Ca fait classe!

2.6 Réunion

Ce blog se meurt, mes amis, ce blog se meurt. Et après un superbe article pour dire à quel point ma condition actuelle de TZR est merveilleuse -résultat, moins 40 % de visites en une semaine- j’ambitionne aujourd’hui de l’achever avec un article bien prise de tête.

Car hier après-midi, pas moins d’une vingtaine de bons et beaux cerveaux, bien formés, bien cultivés tout ça tout ça, étaient réunis en notre beau lycée pour une réunion sur les projets expérimentaux qui y sont menés. Et puisque ces 20 cerveaux se sont bien pris la tête, il me semble logique que vous fassiez de même.

Alors voilà, je vais essayer de vous résumer la situation sans trop la caricaturer, mais en même temps ça risque de pas être facile, étant donné qu’on se refait pas tout ça tout ça (deuxième). La réunion était organisée sous l’égide de deux inspecteurs de l’éducation nationale, qui, si j’ai bien compris, ont pour mission de faire le lien entre les équipes expérimentales du lycée et l’administration. Tâche ardue s’il en est.

En gros, le message de l’administration était le suivant : vous êtes géniaux. Je le dis d’autant plus facilement que moi je ne suis pas génial. Je suis juste le type qui vient d’arriver et qui ouvre grand les yeux parce que quand-même c’est beau. Je suis Samir Nasri à Arsenal. Ou Christian Laettner dans la Dream Team. Sauf que j’eslaettner.jpgpère que ma carrière sera un peu mieux. [Au passage, si vous ne savez pas ce qu'on fait dans mon nouveau lycée ou qui est Christian Laettner - ce qui est tout à fait normal, c'est savoir qui est Christian Laettner qui est inquiétant- je vous conseille de vous ballader sur le web et plus particulièrement sur Mediapart pour le premier problème, et sur wikipedia pour le deuxième, et je referme ma parenthèse bizarre].

Donc le message c’était vous êtes géniaux. C’était pas dit comme ça, mais c’est ce que j’ai compris. Enfin ce que j’ai compris plus précisément c’était : « vous êtes géniaux, mais ça se sait pas ». Car le fait d’être génial dans l’Education Nationale ne peut suffire. Il faut que ça se sache pour qu’au dessus, quelqu’un avec un gros bureau puisse aller voir quelqu’un avec un bureau encore plus grand, un beau dossier sous la main, pour dire « faut les encourager ceux-là et éventuellement débloquer pour eux les deux trois Kopecks qui nous restent ».

L’objet de la réunion d’hier c’était ça : constituer le beau dossier. Et pour que ce beau dossier ait l’air sérieux, il n’existe dans ce bas-monde qu’un seul moyen : EVALUER. Il s’agissait donc de mesurer les apports du dispositif expérimental. Oui, les élèves partent en voyage. Oui, ils jouent des pièces de théâtre que moi-même j’ai du mal à comprendre. Oui, ils réalisent des films sur téléphone portable et organisent leur propre festival dans une salle parisienne. Oui ils font beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses très intéressantes (je vous en parlerai plus longuement plus tard). Mais ça apporte quoi? Et surtout comment on le mesure?

Tout le monde ou presque, dans le lycée et autour, s’accorde à dire que les résultats de l’expérimentation sont indéniables -y’en a bien ici ou là qui disent que ça sert à rien, mais je serais plutôt d’avis que c’est eux qui servent à rien. Mais un élève qui sait désormais s’exprimer à l’oral, travailler en équipe et mener un projet, un élève qui est tout simplement sorti de son cocon et a posé les bases -mais peut-être seulement les bases- de sa réussite future, ça se chiffre comment? Ca s’évalue selon quels critères? Ca rapporte combien de points? Au bout de combien a-t-on droit à un poste supplémentaire en heures sup, si on envoie nos preuves d’achat avec trois timbres à la bonne adresse?

En gros pour moi -et chacun sait qu’il m’arrive un peu de caricaturer- tout ça ça revenait à poser cette question : comment évaluer de l’humain? Et je ne pouvais pas m’empêcher de me poser cette deuxième question : pourquoi évaluer de l’humain? A cause du monsieur dans son très gros bureau sans doute.

Sur ce problème vieux comme le monde, ou au moins comme le management, mes collègues et les inspecteurs ont beaucoup réfléchi hier. A certains moments ça relevait sans doute de l’enculage de mouches ou du branlage de moineaux, appelez-ça comme vous voulez. Mais à d’autres, c’était vraiment passionnant.

Une dernière anecdote pour finir. Au début de la réunion, l’inspectrice avait listé un ensemble de compétences que l’on pourrait évaluer pour mesurer l’efficacité du dispositif. Si je reprends les notes que j’ai prises pour avoir l’air tout de même un peu sérieux -déjà qu’il n’y avait pas de petit carton à mon nom, alors imaginez si je prenais pas de notes, ça aurait vraiment fait glandu- j’y vois des choses comme « capacité à synthétiser », « savoir observer et écouter », « mise en confiance de l’élève ». Et puis il y en a une, de compétence, qui m’interpelle. Ca s’intitule : « savoir être ». Je suis pas prof de philo, mais ça me paraît bizarre « savoir être ». Ca s’apprend « être »? Faut croire que oui.

 

Le preux chevalier.

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