Chapitre 6, où j’organise Woodstock au CDI (dans mes rêves, seulement dans mes rêves)

De retour ce vendredi dans mon beau château (enfin le CDI quoi), tout auréolé de mon récent succès (ah, le beau PV d’installation qui m’attends dans mon casier), je m’attends à passer une journée tranquille à potasser mes cours sur la guerre froide, ou, pour être un peu plus précis, « la guerre fraiche » selon mon manuel (1975-1985) - à quand la guerre congelée, la guerre frisquette voire la guerre tiède?La première heure semble confirmer mes prévisions, mais, un brin fatigué par mon réveil matinal, je me contente de bouquiner la discothèque parfaite de l’odyssée du rock. Carter et Brejnev attendront, avec sept heures à passer au CDI j’ai tout le temps de m’occuper d’eux.

 10h10, la première tête blonde franchit le seuil du CDI.

« C’est ouvert?

- Bien sûr.

- chouette les gars, on peut y aller! »

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « réforme des régimes spéciaux », des hordes de manants (oui c’est ça, d’élèves) franchissent le seuil du CDI, et me voilà avec pas 10, pas 20, pas 30 mais bien 40 élèves dans le CDI. Je pourrai aisément en  refuser la moitié mais allez, soyons fou, le CDI c’est comme Woodstock et si les élèves sont soudainement passionnés par la lecture, qu’ils viennent, qu’ils viennent, désormais c’est gratuit!

Le problème avec Woodstock, c’est le bruit, surtout dans un CDI, et je comprends vite que ma lutte contre le brouhaha ambiant est aussi désespérée que celle des Portuguais face aux Néo-Zélandais. Le peuple gronde. Légèrement mais il gronde. Bah… tant qu’ils lisent ou qu’ils travaillent…

Problème : certains  n’ont aucunement l’intention de faire l’un ou l’autre. Et l’ambiance générale s’en ressent. Après enquête, deux jeunes filles m’expliquent que le CDI c’est bien parce qu’on peut parler alors qu’en permanence, et ben on peut pas… Je leur réplique calmement mais fermement que le CDI ne ressemble ni de près ni de loin à une cafét de sitcom américaine. Quoique… puisqu’on m’a si gentiment donné les clés du CDI, peut-être devrais-je en profiter pour le façonner à ma façon. Transformer mon château en bunker de la contre-culture collégienne, en voila une riche idée. Liberté d’expression, liberté de bruit et pour moi plus d’ennuis!!! Finalement on en revient toujours à Woodstock.

Trève de plaisanterie, mes collègues n’ont pas (encore) mérité que je mette le collège à feu et à sang. L’insubordination attendra et je m’attelle donc, avec plus ou moins de bonheur selon les heures, à maintenir une ambiance de travail et un niveau de bruit acceptable.

Quelque chose m’étonne tout de même. Si les 40 du matin ne seront jamais égalés, c’est bien 20 à 25 élèves par heure qui investissent les lieux. Bizarre pour des élèves qui sont censés « ne pas avoir d’heures de trou ou presque » dixit le régent/principal adjoint. En même temps les 6e2 m’ont bien expliqué que Mme Dartplastiques n’était pas là.  Mais quand même ça fait beaucoup… La vérité éclate enfin au grand jour quand un groupe d’élèves guère portés sur la lecture m’explique que « le CDI j’y vais jamais mais c’est les surveillants ils nous ont dit d’aller là »… Sachant que le CDI accueille désormais les élèves, les surveillants en ont profité pour baisser le pont levis et aller faire un tour à la campagne. Plus clairement, ils ont fermé la permanence et nous ont refilé tous les élèves… Ca, c’est vraiment sympa! Et Carter et Brejnev peuvent toujours attendre…

A plus

 le preux chevalier

 ps : merci pour vos commentaires. Et vive les secrétaires gentilles et compétentes!

On finit toujours par se faire rattraper…

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Chapitre 5, où le preux chevalier terrasse le dragon

Lorsque je franchis les portes du collège ce lundi matin l’incertitude plane encore sur mon futur très proche. Pas pour longtemps heureusement, mes collègues RAD m’expliquant que notre bail au CDI a été de facto prolongé. Alors oui c’est reparti : rangement du CDI, tri du courrier, réponse aux appels téléphoniques, distribution des derniers livres et accueil des élèves dans ce qui est devenu une super salle de permanence avec des mangas dedans.

Entre deux tests de mon niveau de maths par des élèves dans le besoin, j’ai tout de même le temps de me glisser dans la salle des profs. Une porte s’ouvre et le dragon du secrétariat jaillit, prêt à cracher ses flammes sur les casiers. Soudain il (elle en l’occurence) se retourne vers moi. Moment de stress intense suite à notre farouche duel du premier jour (voir le chapitre 2). Je me prépare mentalement à un affrontement sans merci. Mais le dragon me prend au dépourvu d’un magnifique

« Je vous connais? »

Après que j’ai bafouillé quelques mots sur mon statut de RAD le dragon se fend d’un sobre

« Ah oui, on s’est croisés lors de la pré-rentrée » et s’eclipse, me laissant seul, étourdi et hagard.

Quelques heures de CDI pour me requinquer et me voilà cependant prêt à repartir à la charge. Un petit rendez-vous avec le principal adjoint pour nous expliquer que « oui, ce serait bien que les RAD fassent 18h au CDI » et je me dirige vers l’antre du dragon. A peine ai-je franchi la porte que je suis assailli par un glaçant

« Oui, c’est pour quoi??? »

Désormais familier des manoeuvres d’intimidation, prêt à bondir tel un puma argentin je rétorque

« C’est pour savoir si mon PV d’installation est arrivé »

La riposte fuse

« ah mais j’ai pas encore reçu les papiers »

Le coup est violent, mais plein d’espoir, car celui-là, le preux chevalier l’avait anticipé. D’un côté elle n’a pas nié l’existence même du PV d’installation. De l’autre ces papiers, je les ai! Je lui propose de les photocopier et se sachant vaincu le dragon acquiesce d’un air las. Quelques secondes plus tard elle m’invite à venir signer les papiers dès qu’ils seront prêts et m’explique penaude que « le jour de la rentrée j’avais pas les papiers alors c’est pour ça je pouvais pas vous le faire le PV ». Ce que chacun de nous  sait ne pas être vrai, mais le dragon désormais me fait de la peine et après l’avoir terrassé, je me refuse à l’achever.

Je quitte le secrétariat la tête haute, prêt à revenir signer le manifeste de ma victoire et, alors que les drapeaux sont brandis et que les surveillants chantent des Te Deum, je pense fébrilement au deuxième dragon qu’il me faudra affronter: la secrétaire du lycée.

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