Archive pour la Catégorie 'education nationale'

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Chapitre 32, où le preux chevalier dépose le bilan.

Non mais qu’est-ce qui m’a pris? Ah ça c’est sûr ça faisait bien d’annoncer « je vous prépare un petit bilan de l’année pour la première quinzaine de juillet » et bla bla bla et bla bla bla. Mais bon maintenant faut le faire ce bilan et la tâche n’est pas aisée. Surtout qu’un prof en vacances ça ne veut pas, mais alors pas du tout, travailler. Et puis la « première quinzaine de juillet ». Non mais quelle escroquerie. Je suis sûr qu’elle dure pas quinze jours la première quinzaine de juillet. Douze ou treize peut-être, mais guère plus. La première quinzaine de janvier elle fait quinze jours, pas de doute là-dessus, et à vrai dire on la sent passer. Mais juillet file, file comme un président en partance pour la Chine. Et puisque désormais c’est Nadal qui gagne sur gazon et que même Ingrid peut profiter de ses vacances, j’en suis persuadé, quelque chose ne tourne pas rond, une rupture du continuum espace-temps un truc dans le genre.

D’ailleurs ces jours passent tellement vite que le rectorat n’a toujours pas trouvé le temps de m’envoyer mon arrêté d’affectation pour l’an prochain. S’il y a une faille spatio-temporelle, nul doute qu’elle part de là. Du standard de la Direction des Personnels Enseignants (DPE) pour être plus précis, que j’essaye de joindre sans relâche depuis trois jours, histoire de récupérer les sous qu’on me doit. Bip, bip, bip. Encore et encore.

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Mais bon, il arrive ce bilan? Parce qu’avouons-le, vous n’êtes pas là pour entendre parler de la magie de la première quinzaine de juilllet et des fonctionnaires qui foutent rien. Non, ça JPP (le « journaliste », pas le footballeur-mais j’ai mis la photo du footballeur parce qu’après Panaf et Balladur ça aurait fait trop) le fait mieux que moi.

Sauf que c’est bien gentil mais moi pour faire le bilan je fais comment? Pas de stats, pas de comptabilité. Comment je sais si j’ai bien travaillé? L’éducation est un domaine où l’évaluation résiste encore tant bien que mal au quantifiable. A vrai dire, vu qu’on peut pas quantifier on n’évalue pas ou si peu. Rassurons-nous ça ne devrait pas tarder. Un petit apéro sous une pergola ombragée du sud-ouest entre notre président et ce bon vieux Tony le tigre d’outre-manche et ce dernier devrait lui expliquer comment tout mesurer, au risque de ne plus rien faire.

Alors voilà, c’est arbitraire, mais j’ai décidé de diviser ce bilan en deux catégories. Savoir et savoir-faire. Si on considère que quelque part mon métier c’est de faire-savoir ça fait un bon trio. Comme au début de la Boum 2 quand Claude Brasseur passe sa thèse (vous pouvez vérifier si vous voulez, c’est l’été).

Donc cette année j’ai appris :

- que l’éducation nationale est un monde féérique (au sens littéral, avec des fées quoi) où cohabitent des dragons, des sorcières et des magiciens, des rois perdus dans leur château, des princesses pas du tout fleur bleue et des cpeterpan.jpghevaliers de fortune, avec des montures elles aussi de fortune (merci transilien). Il y a aussi et surtout beaucoup d’enfants perdus, vous savez, ceux de Peter Pan qui ne veulent pas grandir et dont les parents sont mystérieusement absents.

- que dans ce monde merveilleux rien n’est automatique et que rien ne s’obtient sans l’avoir demander. Ca doit être un peu pareil partout, mais moi je pensais (très) naïvement que parfois on pouvait travailler dans l’intérêt des gens, essayer d’arranger tout le monde, mais que nenni, pour l’essentiel on travaille dans l’intérêt le plus pressé de la personne qui travaille et si y’a des frites à la cantine ou judo à 17h, eh ben c’est pas de bol.

- qu’il existait toutes sortes d’élèves et toutes sortes de profs (mais alors vraiment toutes sortes) et qu’il était parfois difficile de comprendre pourquoi certains étaient compatibles. C’est un peu comme les légos, mais ceux qui sont pas de la marque légo. Des fois ça s’emboîte, des fois ça s’emboîte pas. Et on comprend pas très bien pourquoi. Y’a aussi des fois où on comprend très bien pourquoi ça marche pas. Parce que mettre un playmobil sur un château fort de légoland, forcément ça peut pas le faire.

- que les vacances voire même la fin de l’année finissaient toujours pas arriver, sans que ni les élèves, ni le prof, ne sachent parfois vraiment comment, soudain réunis par le sentiment d’avoir survécu à quelque chose et peut-être même d’avoir accompli quelque chose. Cette certitude que la fin va arriver fait fonctionner l’éducation nationale les deux dernières semaines avant chaque vacance et à partir du mois de mars. C’est magique. A vrai dire, je suis désormais persuadé que les vacances sont la véritable clé de voute du système (et je vois déjà les apôtres de la valeur travail qui s’étranglent)

- qu’il n’existait pas de recettes miracles, pas de « truc », mais que parfois, avec certaines classes, tout se passait bien et que cela pouvait durer longtemps, longtemps. Il ne reste plus qu’à faire en sorte que ce parfois devienne un souvent.

Et donc désormais je sais :

- me rendre n’importe où dans la région parisienne grâce à ma connaissance unique des lignes de train, RER et autres bus scolaires. En bon provincial, je n’avais jamais pensé que l’Ile de France pouvait aussi être la campagne, mais si. Prendre le train depuis Paris dans n’importe quelle direction, attendre une grosse demi-heure et vous comprendrez.

- survivre dans un environnement hostile, soit une salle, peuplée de 30 représentants bizarres de ce qu’on appelle le jeune, voulant faire tout sauf travailler, et ce non pas pour l’heure qui suit mais pour le temps qu’il leur reste à tirer avant d’avoir 16 ans ou plus probablement avant que papa et maman n’abandonnent l’idée de leur faire faire des études. Bienvenue au BEP de Fort Fort Lointain, négation de l’éducation et angle mort du système en théorie caché à nos regards de professeurs certifiés.

- m’intégrer dans un établissement, travailler au jour le jour (parce que demain y’a la 5e Dingue au programme et que rien que d’y penser je fatigue), m’adapter à tous les niveaux, faire entendre ma voix, bref, occuper ma place et parfois même celle des autres (cf. mes nouvelles compétences en matière de prêt de livres, remise des manuels scolaires voire déménagement d’un centre de documentation et d’information -ça veut bien dire ça CDI?).

Bilan du bilan : pour une année ça fait pas mal, ça fait même beaucoup, et à mon avis je ne devrais pas tarder à développer de supers-pouvoirs.

Bonne vacances et à très bientôt pour la saison 2, où le preux chevalier est toujours TZR mais dans un fort un peu moins lointain (on sait pas encore lequel, ce serait trop beau).

Le preux chevalier

Ps : Et j’allais oublier. J’ai développé cette incroyable compétence. Désormais, quand un ami d’ami, trader à la société générale (si si, y’en a plein), m’explique que je suis (bien) payé à rien foutre, je souris gentiment et je ne réponds pas, ou si peu. Parce que l’énergie est un bien précieux qu’il convient de ne pas gaspiller. Parce qu’il y a des choix de vie. Parce que certaines choses se vivent plus qu’elles ne s’expliquent. Et parce qu’il y a bien pire ailleurs.

Pps : Un blog c’est quand même mieux quand y’a des gens qui le lisent. Alors merci à tous ceux qui se sont arrêtés sur cette page cette année. Et un encore plus grand merci à tous ceux qui l’ont fait découvrir à d’autres.vacances.jpg

Chapitre 31 où le preux chevalier déménage.

Puisqu’il était dit que cette année finirait comme elle avait commencé.

Depuis quelques jours une sombre affaire agite le microcosme du CDI de mon humble collège. Désormais, alors que l’affaire touche à sa fin, il est temps pour moi de vous informer sur les tenants, les aboutissants, les intervenants, les agissants, les connectants et tous les trucs en -ants de cette drôle d’histoire.

Comme chacun sait, les collèges appartiennent aux conseils généraux et celui où je me trouve ne déroge pas à la règle. Pour cet été, le conseil général a eu une excellente idée. En effet, devant l’impression soviétique laissée par notre bon vieux CDI, il s’est décidé à financer quelques pots de peinture chez casto (y’a tout ce qui faut). Problème : le conseil général n’a pas prévu que pour repeindre le CDI il convient d’abord de le déménager. Et l’intendance n’a pas un personnel suffisant pour le déménager avant les vacances. Vous voyez où je veux en venir?

Car puisqu’il y a deux TZR dans ce charmant CDI, pourquoi ne pas leur demander de mettre quelques livres dans des cartons en flattant avec insistance leur « remarquable connaissance du CDI ». C’est ça qu’est génial avec un TZR, c’est que ça peut servir un peu à tout. Une sorte d’ouvrier multi-tâches, multi-qualifié. J’hésite d’ailleurs à en embaucher un chez moi pour les vacances.

Devant l’aubaine, Mme C., intendante en chef du collège, du lycée, mais aussi probablement de tout le quartier -de la ville, du département? Son pouvoir semble si grand!- n’a pas hésité. Il y a deux ou trois semaines, elle est allée voir ma trop gentille collègue pour lui expliquer qu’il faudrait qu’on déménage le CDI. Et j’insiste bien sur le « il faudrait ». Avec Mme C. pas de « ce serait bien que… » ou autres circonvolutions de ce genre. Non avec Mme C., c’est cash, et pas seulement parce qu’elle est intendante. Mme C. ne propose pas, elle dispose. A sa vue, Casper, le gentil fantôme qui nous sert de proviseur devient invisible. Des perles de sueur se forment sur le visage de la principale adjointe et la moutarde monte apanafieufrancoise.jpgu nez de la proviseur adjointe (et je ne vous parle même pas de ce qui arrive au proviseur adjoint adjoint). L’intendance est une forteresse imprenable, un petit bâtiment à l’écart qui inspire la crainte à ses visiteurs et semble non seulement vivre selon ses propres règles (un peu comme la Corse) mais les impose à tout l’établissement (un peu comme l’Angleterre avec le reste du monde -une histoire d’île décidément). Résumons : avec ses airs de croisement entre Françoise de Panafieu et Michèle Alliot-Marie, Mme C. fait peur.

Face à la perspective de ce déménagement et alors que la fin de l’année se rapprochait, j’ai tout d’abord opté pour la tactique la plus efficace dans l’éducation nationale, une sorte de bon vieux 4-3-2-1 des familles, tendance personne ne bouge avec trois milieux défensifs : j’ai fait le mort. Et puisque Mme C. faisait de même, l’affaire semblait être endormie et le déménagement dans les cartons (si je puis dire). C’était sans compter sur un dernier éclair de Mme C. qui, tel Schweinsteiger déboulant sur l’aile droite portugaise, allait semer le trouble dans une défense qui semblait pourtant bien en place, tellement bien en place.

Jeudi matin donc. Après une longue semaine de ramassage de manuels scolaires (tâche acquittée avec brio mais non sans difficultés, mal de crâne assuré à la fin de la journée) ma collègue et moi regagnions le CDI, décidés -surtout moi- à procéder à un grand rangement et à mettre un peu d’ordre dans le catalogue, histoire d’ôter à ce bon vieux CDI son côté Dresde 1945, car après tout, on parle de l’arrivée d’un vrai documentaliste pour l’an prochain. La porte s’ouvre donc sur notre champ de bataille mais surtout sur une grosse dizaine de cartons vides : « Fritaz, n°1 de la frite surgelée, 5kg ». A côté pas un mot, rien. Mais le message est on ne peut plus clair. « Vous aviez oublié le déménagement? Pas moi! » semble nous hurler Mme C. de son île voisine.

supermario.jpg C’est alors que j’ai compris. Comme dans ce bon vieux Super Mario Bros, j’avais passé quelques épreuves cette année. Mais Mme C. c’était autre chose. Le super dragon, le boss de fin. Et l’affrontement aurait lieu. Tôt ou tard. Je plaçais mon épée de chevalier dans ma sacoche de TZR et reprenais le cours prévu de mes activités.

Jeudi après-midi toutefois je partais à la recherche de Mme C. Celle-ci demeurait introuvable. De même le lendemain matin. Qu’importe, si tu ne viens pas à Mme C., celle-ci viendra à toi.

Vendredi, 11h55, Mme C. pénètre dans le CDI. « Ben… les livres ne sont pas dans les cartons?

- Ben justement Mme C., c’est à dire que on voulait vous dire que… » tente de l’interrompre ma collègue.

« Parce que ce qu’il faudrait, reprend Mme C., imperturbable comme un membre du comité olympique chinois, c’est que vous mettiez sur chaque étiquette le numéro de l’étagère correspondante.

- Oui mais on voulait vous dire, reprend ma collègue, on a beaucoup de choses à faire et on pense qu’on n’aura pas le temps de faire le déménagement…

- Ah mais oui mais non. J’ai appelé le conseil général et y’a peut-être quelqu’un qui va venir vous aider lundi mais c’est pas sûr et moi je peux pas le faire à votre place et j’ai pas d’agents pour le faire de toute façon. Le CDI, vous l’avez porté toute l’année donc ça me paraît logique. C’est à vous de le faire. Donc si vous le faites pas, ben ce sera pas fait! »

Vous l’aurez compris, vous l’aurez senti : il est alors temps pour le chevalier d’entrer en scène. A vrai dire c’est presque trop facile.

« Excusez moi Mme C., mais je ne vois pas bien à quel moment c’est notre problème. »

Mme C. se retourne vers moi. Son monde semble s’être effondré. Elle bégaie, devient hésitante, se rend compte que l’affaire sera peut-être moins évidente que prévue et tente une dernière réplique :

« Ah euh ben oui… on peut aussi faire comme ça, et nous on prend tout vite fait et on jette tout par terre dans la salle d’à côté. Et puis faudra se débrouiller à la rentrée.

- Ben oui, pourquoi pas. Je vois toujours pas en quoi c’est notre problème. Parce que vous voyez Mme C., nous on n’est pas déménageurs et à vrai dire on n’est même pas documentalistes. Alors voilà ce qui peut se passer. Là on part à 12h parce qu’on a déjà fait plus de 5 heures sup cette semaine avec le ramassage des livres. D’ailleurs pour les récupérer on sera pas là jeudi prochain. Lundi on doit faire les factures, compter les manuels parce que l’intendance, donc vous, nous l’a gentiment demandé et parce que vu qu’on est très gentils on veut bien le faire. Il faut qu’on finisse de ranger, qu’on mette à jour les lettres de rappel etc. A priori ça devrait prendre toute la journée. Voire plus. Et le mardi, si on a le temps, on veut bien s’occuper un peu de votre déménagement. Mais ça va pas suffire. »

Quelques palabre plus tard, Mme C. s’en est allée, penaude. Cris de joie, parade sous l’arc de triomphe, trompettes de la victoire et Te Deum : dragon à terre!

 

Le preux chevalier.

 

Ps : l’année se termine et le blog aussi va prendre des vacances. Mais avant cela je vous prépare un petit bilan de l’année pour la première quinzaine de juillet. Parce qu’une année sans bilan, c’est un peu comme un après-midi sans tiercé. C ‘est pas pareil.

 

Rions encore avec l’éducation nationale

Lundi 16 juin, 11h35, téléphone, une voix jeune et féminine à l’appareil.

« Bonjour, rectorat de Créteil à l’appareil. J’appelais pour vous demander un petit service.

- Euh… oui.

- Voilà, j’ai un collège en difficulté qui n’a pas de professeur d’Histoire-Géo pour les deux dernières semaines

- Ouh la la…

- Alors c’est en Seine-Saint-Denis … mais y’a le RER qui y va !

- Ah oui, mais là je crois que ça va pas être possible…

- Ah bon ?

- Ben c’est-à-dire que non seulement c’est pas dans ma zone mais alors pas du tout, et en plus pour les deux dernières semaines c’est un peu n’importe quoi… Je veux dire, ça va pas servir à grand-chose.

- Ben si, peut-être…

- Non, non, pas peut-être, je vous assure à cette période de l’année je doute vraiment de l’efficacité de la chose. J’ai une certaine vocation pour l’éducation nationale, mais pas à ce point là.

- Mais, c’est-à-dire qu’ils ont eu un très mauvais professeur d’Histoire toute l’année…

- Mais j’aurais beau être merveilleux, en deux semaines avec des élèves qui ne sont pas là, je vois pas ce que je peux faire. Les conseils de classe sont passés, les élèves ne viennent presque plus. Bref… En plus, moi j’aide dans mon établissement de rattachement où ils n’ont pas de documentaliste et où je dois participer au ramassage des livres et au déménagement du CDI, alors bon je suis désolé mais je peux rien faire.

- Ah, ben si vous êtes dans votre établissement de rattachement, c’est bien. Moi, vous savez c’est les ordres qu’on me donne.

- Ouais. Ben la personne qui donne les ordres ne doit pas être très au courant de la réalité du terrain.

- Bonne journée. Au revoir.

- A vous aussi. Au revoir.»

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