2.6 Réunion

Ce blog se meurt, mes amis, ce blog se meurt. Et après un superbe article pour dire à quel point ma condition actuelle de TZR est merveilleuse -résultat, moins 40 % de visites en une semaine- j’ambitionne aujourd’hui de l’achever avec un article bien prise de tête.

Car hier après-midi, pas moins d’une vingtaine de bons et beaux cerveaux, bien formés, bien cultivés tout ça tout ça, étaient réunis en notre beau lycée pour une réunion sur les projets expérimentaux qui y sont menés. Et puisque ces 20 cerveaux se sont bien pris la tête, il me semble logique que vous fassiez de même.

Alors voilà, je vais essayer de vous résumer la situation sans trop la caricaturer, mais en même temps ça risque de pas être facile, étant donné qu’on se refait pas tout ça tout ça (deuxième). La réunion était organisée sous l’égide de deux inspecteurs de l’éducation nationale, qui, si j’ai bien compris, ont pour mission de faire le lien entre les équipes expérimentales du lycée et l’administration. Tâche ardue s’il en est.

En gros, le message de l’administration était le suivant : vous êtes géniaux. Je le dis d’autant plus facilement que moi je ne suis pas génial. Je suis juste le type qui vient d’arriver et qui ouvre grand les yeux parce que quand-même c’est beau. Je suis Samir Nasri à Arsenal. Ou Christian Laettner dans la Dream Team. Sauf que j’eslaettner.jpgpère que ma carrière sera un peu mieux. [Au passage, si vous ne savez pas ce qu'on fait dans mon nouveau lycée ou qui est Christian Laettner - ce qui est tout à fait normal, c'est savoir qui est Christian Laettner qui est inquiétant- je vous conseille de vous ballader sur le web et plus particulièrement sur Mediapart pour le premier problème, et sur wikipedia pour le deuxième, et je referme ma parenthèse bizarre].

Donc le message c’était vous êtes géniaux. C’était pas dit comme ça, mais c’est ce que j’ai compris. Enfin ce que j’ai compris plus précisément c’était : « vous êtes géniaux, mais ça se sait pas ». Car le fait d’être génial dans l’Education Nationale ne peut suffire. Il faut que ça se sache pour qu’au dessus, quelqu’un avec un gros bureau puisse aller voir quelqu’un avec un bureau encore plus grand, un beau dossier sous la main, pour dire « faut les encourager ceux-là et éventuellement débloquer pour eux les deux trois Kopecks qui nous restent ».

L’objet de la réunion d’hier c’était ça : constituer le beau dossier. Et pour que ce beau dossier ait l’air sérieux, il n’existe dans ce bas-monde qu’un seul moyen : EVALUER. Il s’agissait donc de mesurer les apports du dispositif expérimental. Oui, les élèves partent en voyage. Oui, ils jouent des pièces de théâtre que moi-même j’ai du mal à comprendre. Oui, ils réalisent des films sur téléphone portable et organisent leur propre festival dans une salle parisienne. Oui ils font beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses très intéressantes (je vous en parlerai plus longuement plus tard). Mais ça apporte quoi? Et surtout comment on le mesure?

Tout le monde ou presque, dans le lycée et autour, s’accorde à dire que les résultats de l’expérimentation sont indéniables -y’en a bien ici ou là qui disent que ça sert à rien, mais je serais plutôt d’avis que c’est eux qui servent à rien. Mais un élève qui sait désormais s’exprimer à l’oral, travailler en équipe et mener un projet, un élève qui est tout simplement sorti de son cocon et a posé les bases -mais peut-être seulement les bases- de sa réussite future, ça se chiffre comment? Ca s’évalue selon quels critères? Ca rapporte combien de points? Au bout de combien a-t-on droit à un poste supplémentaire en heures sup, si on envoie nos preuves d’achat avec trois timbres à la bonne adresse?

En gros pour moi -et chacun sait qu’il m’arrive un peu de caricaturer- tout ça ça revenait à poser cette question : comment évaluer de l’humain? Et je ne pouvais pas m’empêcher de me poser cette deuxième question : pourquoi évaluer de l’humain? A cause du monsieur dans son très gros bureau sans doute.

Sur ce problème vieux comme le monde, ou au moins comme le management, mes collègues et les inspecteurs ont beaucoup réfléchi hier. A certains moments ça relevait sans doute de l’enculage de mouches ou du branlage de moineaux, appelez-ça comme vous voulez. Mais à d’autres, c’était vraiment passionnant.

Une dernière anecdote pour finir. Au début de la réunion, l’inspectrice avait listé un ensemble de compétences que l’on pourrait évaluer pour mesurer l’efficacité du dispositif. Si je reprends les notes que j’ai prises pour avoir l’air tout de même un peu sérieux -déjà qu’il n’y avait pas de petit carton à mon nom, alors imaginez si je prenais pas de notes, ça aurait vraiment fait glandu- j’y vois des choses comme « capacité à synthétiser », « savoir observer et écouter », « mise en confiance de l’élève ». Et puis il y en a une, de compétence, qui m’interpelle. Ca s’intitule : « savoir être ». Je suis pas prof de philo, mais ça me paraît bizarre « savoir être ». Ca s’apprend « être »? Faut croire que oui.

 

Le preux chevalier.

12 Réponses à “2.6 Réunion”


  • Savoir être tarte à la crème du management et de la gestion des ressources humaines. Enfin l’éducation nationale est contaminée par cette « invention » des années 1960 ! Depuis l’emballage s’est sophistiqué mais le contenu reste toujours aussi frelaté. Mais enfin un manager c’est quand même plus productif, donc sérieux, qu’un prof de philo ou d’histoire-géo. Quant à l’évaluation et la mesure de l’humain, le mal progresse tous les jours. Cela devrait faire prochainement pschiit comme les produits financiers crées par l’élite des grandes écoles.

  • Evaluer le futur en regardant le passé … des autres!

    Si les méthodes permettent aux élèves de préparer leur futur, et que ces méthodes ont été pratiquées quelques années, il doit bien y avoir quelque parcours intéressants parmis les anciens élèves non?

    C’était juste en passant.

    Pour la fréquentation, raconter ce qui va bien, avec un oeil critque, ca peut intéresser aussi…

    @+

  • Tout à fait d’accord pour les deux points et je m’attelle d’ailleurs bientôt à la tâche. Seul petit bémol : il n’y a pas encore d’anciens élèves puisque les projets expérimentaux ont débuté il y a deux ans avec des élèves de seconde.

    A +

  • Bonjour,
    Tant le même style, on est sensé pour le socle commun évaluer la curiosité…
    Sinon j’aime toujours autant ton blog.

  • hussard-oule pour toi

    Comme les expériences ont une durée de vie conditionnée par les réformes et qu’il y a une réforme par an, l’évaluation des résultats relève plus de l’autopsie voire de l’archéologie qu’autre chose. Heureusement, ça n’empêche pas de s’investir, et prout au monsieur derrière son gros bureau.

  • Cela m’a l’air bien démagogique comme « projet expérimental », et bien pathétique les séances d’auto-congratulation sur le réussite du « projet » sous couvert de « réunion bilan », avec la crème encravatée de l’éducation nationale.

    Ce doit être le même genre de « projet expérimental » que celui qui est mené au lycée Feyder d’Epinay-sur-Seine, et où (presque) tout le monde se félicite de sa « réussite ». Malheureusement sans se soucier des conditions initiales de l’expérimentation : seules quelques classes y ont participé et ont ravi tous les partiaux observateurs ; normal, car ces classes avaient été choisies et composées avec soin par les professeurs à l’initiative de l’expérimentation, qui pouvaient alors se réjouir de leur réussite !

    Dans ce genre d’expérimentation, les dés sont pipés dès le départ et ses résultats sont déjà décrits d’avance…

    Pourquoi ? Pour alimenter encore plus la destruction programmée de l’école.

  • Pauvre Skeptic qui ne croit plus à rien. Triste…et tellement facile.

  • Hello.

    Voilà longtemps que je ne suis pas intervenu pour donner mon avis, mais je continue à lire vos posts avec plaisir.

    Juste deux points qui m’embêtent :
    - un IPR, ce n’est pas du tout une personne qui fait le lien entre les profs et l’Administration ! Un IPR est quelqu’un qui a en général une carrière de prof derrière lui (hélas ce n’est pas toujours le cas) et qui est là soit pour évaluer les enseignants, soit aussi dans un rôle de conseil des équipes d’enseignants et à la tête de missions rectorales très diverses (TPE en j’en passe) ! Ici, visiblement ils étaient là dans leur deuxième rôle, celui d’épauler les enseignants dans le cadre d’un dispositif nouveau.

    - justement à propos de ce dispositif. Depuis 2003, une loi constitutionnelle prévoit un « droit à l’expérimentation ». C’est formidable pour développer l’autonomie des établissements. Le corps professoral, comme à son habitude, reste ancré dans ses vieilleries et voit d’un mauvais oeil tout ce qui est nouveau. Mais vous qui êtes jeune, preux chevalier, pitié adoptez un discours de jeune, foncez et lancez vous dan de nouvelles pratiques, loin des cours magistraux scandés du haut de votre chair ou de votre piédestal. Redescendez et innovez ! Les élèves ne demandent que ça : enfin les rendre actifs (et un peu acteurs) de leur propre formation… le temps du savoir « savant » tombé du magister est lointain. Ne vous laissez pas enfermé dans des programmes trop cadrés et au contraire profitez de votre liberté pédagogique et de l’autonomie des établissements (projets d’établissement et droit à l’expérimentation) pour enfin révéler vos talents d’enseignants.

    - alors pourquoi cette réunion ? Mais parce qu’il y a dans tout projet des étapes importantes et obligatoires qui ne relèvent pas seulement de l’intuitif : 1- le diagnostic (dans quelle situation est-on) 2- L’objectif (qu’est-ce que je dois atteindre pour que je pense que la situation s’améliore ?) 3- Le projet (je veux faire ça) 4- L’action (je le fais) 5- L’évaluation (ai-je réussi ? où ai-je échoué ? qu’est-ce que je garde et que je ne ferai plus ?) 6- démarche itérative : je revois mon nouveau diagnostic et je recommence l’année d’après…
    L’évaluation est, au contraire de ce que vous écrivez, fondamentale : certes la forme ne vous plait peut-être pas, mais elle doit servir de base au nouveau diagnostic. Si pas d’évaluation, le projet (l’expérimentation) a de bonnes chances de vivoter et de disparaître au bout de deux ou trois ans. Si l’évaluation est au contraire bien faite, un projet peut se développer et devenir indispensable dans un établissement, en s’améliorant sans cesse.

    Ce qu’il faut retenir, selon moi, c’est qu’au lieu de critiquer ce genre d’action, il faut s’en servir en tant qu’acteur ! Il faut avoir une vision plus globale du système scolaire et de l’établissement où vous exercez et utilisez toutes les ressources possibles pour faire évoluer notre enseignement, où que soit situé l’établissement.

    Il faut PO-SI-TI-VER !

    Chris de la Fayette

  • Ce qui me gêne dans les commentaires c’est que le discours est toujours le même : on peut rien faire à cause des réformes et tout est démagogie et poudre aux yeux.
    Ce discours ne tient pas : il y a des actions et des projets formidables à monter, qui tiennent la route, que les élèves reconnaissent pour ce qu’ils sont (et c’est bien là l’essentiel non ?) et qui passent à travers toutes les réformes.
    pourquoi ? Parce que si on analyse les réformes, on s’aperçoit vite qu’elles n’en sont presque jamais.
    Tiens, la réforme du lycée à venir … Lisez bien tout ce qui arrive et vous verrez qu’il n’y a pas grand chose qui va changer sur le fond. La forme va changer (semestrialisation et modules), mais le fond (les contenus) ne sera pas bouleversé, bien au contraire…
    Ou De l’art de faire du neuf avec du vieux…

    Alors un peu de positif et d’envie. Ne critiquez pas les projets poussiéreux qui existent bon sang : participez-y et renouvelez-les ! Dénoncez les abus des collègues s’il y en a : le CA ou le conseil pédagogique sont là pour ça non ? C’est bien beau de critiquer, mais si c’est pour baisser le pantalon, ne rien faire et continuer de rouspéter, à quoi cela sert-il ?

    Chris ;-)

  • Tout à fait d’accord avec le deuxième commentaire de Chris. Et avec une bonne partie du premier aussi. Mais comme d’habitude je n’avais ni l’envie ni le courage de préciser ma pensée et ce n’était d’ailleurs pas le but. J’ajouterai juste pour vous rassurer que jusqu’ici j’aime beaucoup beaucoup le projet expérimental mené dans mon lycée et que, grâce notamment à un petit coup de pouce du hasard, je m’y engage pleinement ou en tout cas autant que faire se peut.

    Bonnes vacances à tous ceux qui en ont, bon courage aux autres!

  • Je trouve dommage que ce genre de projets ne soient pas plus présents sur internet ( genre http://www.teachers.tv ou http://www.donorschoose.org ) mais ça fait quand même plaisir de savoir que l’éducation nationale a mis en place une procédure pour faciliter (?) le changement mais bon.
    Je rappelle également qu’il n’y a personne qui cherche à faire du mal, il n’y a que des gens qui cherchent à se faire du bien. Il ne faut pas voir le mal, n’importe quel projet doit être encouragé ( la tradition française qui veut qu’on passe son temps à se plaindre et à critiquer ceux qui bougent n’est pas forcément digne d’être perpétuée )

Laisser un Commentaire




theworldofdd |
missyoura |
Kidal-blog: site d'informat... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'air du temps
| vision libre
| jacquemiche2