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Archive journalière du 22 oct 2008

2.6 Réunion

Ce blog se meurt, mes amis, ce blog se meurt. Et après un superbe article pour dire à quel point ma condition actuelle de TZR est merveilleuse -résultat, moins 40 % de visites en une semaine- j’ambitionne aujourd’hui de l’achever avec un article bien prise de tête.

Car hier après-midi, pas moins d’une vingtaine de bons et beaux cerveaux, bien formés, bien cultivés tout ça tout ça, étaient réunis en notre beau lycée pour une réunion sur les projets expérimentaux qui y sont menés. Et puisque ces 20 cerveaux se sont bien pris la tête, il me semble logique que vous fassiez de même.

Alors voilà, je vais essayer de vous résumer la situation sans trop la caricaturer, mais en même temps ça risque de pas être facile, étant donné qu’on se refait pas tout ça tout ça (deuxième). La réunion était organisée sous l’égide de deux inspecteurs de l’éducation nationale, qui, si j’ai bien compris, ont pour mission de faire le lien entre les équipes expérimentales du lycée et l’administration. Tâche ardue s’il en est.

En gros, le message de l’administration était le suivant : vous êtes géniaux. Je le dis d’autant plus facilement que moi je ne suis pas génial. Je suis juste le type qui vient d’arriver et qui ouvre grand les yeux parce que quand-même c’est beau. Je suis Samir Nasri à Arsenal. Ou Christian Laettner dans la Dream Team. Sauf que j’eslaettner.jpgpère que ma carrière sera un peu mieux. [Au passage, si vous ne savez pas ce qu'on fait dans mon nouveau lycée ou qui est Christian Laettner - ce qui est tout à fait normal, c'est savoir qui est Christian Laettner qui est inquiétant- je vous conseille de vous ballader sur le web et plus particulièrement sur Mediapart pour le premier problème, et sur wikipedia pour le deuxième, et je referme ma parenthèse bizarre].

Donc le message c’était vous êtes géniaux. C’était pas dit comme ça, mais c’est ce que j’ai compris. Enfin ce que j’ai compris plus précisément c’était : « vous êtes géniaux, mais ça se sait pas ». Car le fait d’être génial dans l’Education Nationale ne peut suffire. Il faut que ça se sache pour qu’au dessus, quelqu’un avec un gros bureau puisse aller voir quelqu’un avec un bureau encore plus grand, un beau dossier sous la main, pour dire « faut les encourager ceux-là et éventuellement débloquer pour eux les deux trois Kopecks qui nous restent ».

L’objet de la réunion d’hier c’était ça : constituer le beau dossier. Et pour que ce beau dossier ait l’air sérieux, il n’existe dans ce bas-monde qu’un seul moyen : EVALUER. Il s’agissait donc de mesurer les apports du dispositif expérimental. Oui, les élèves partent en voyage. Oui, ils jouent des pièces de théâtre que moi-même j’ai du mal à comprendre. Oui, ils réalisent des films sur téléphone portable et organisent leur propre festival dans une salle parisienne. Oui ils font beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses très intéressantes (je vous en parlerai plus longuement plus tard). Mais ça apporte quoi? Et surtout comment on le mesure?

Tout le monde ou presque, dans le lycée et autour, s’accorde à dire que les résultats de l’expérimentation sont indéniables -y’en a bien ici ou là qui disent que ça sert à rien, mais je serais plutôt d’avis que c’est eux qui servent à rien. Mais un élève qui sait désormais s’exprimer à l’oral, travailler en équipe et mener un projet, un élève qui est tout simplement sorti de son cocon et a posé les bases -mais peut-être seulement les bases- de sa réussite future, ça se chiffre comment? Ca s’évalue selon quels critères? Ca rapporte combien de points? Au bout de combien a-t-on droit à un poste supplémentaire en heures sup, si on envoie nos preuves d’achat avec trois timbres à la bonne adresse?

En gros pour moi -et chacun sait qu’il m’arrive un peu de caricaturer- tout ça ça revenait à poser cette question : comment évaluer de l’humain? Et je ne pouvais pas m’empêcher de me poser cette deuxième question : pourquoi évaluer de l’humain? A cause du monsieur dans son très gros bureau sans doute.

Sur ce problème vieux comme le monde, ou au moins comme le management, mes collègues et les inspecteurs ont beaucoup réfléchi hier. A certains moments ça relevait sans doute de l’enculage de mouches ou du branlage de moineaux, appelez-ça comme vous voulez. Mais à d’autres, c’était vraiment passionnant.

Une dernière anecdote pour finir. Au début de la réunion, l’inspectrice avait listé un ensemble de compétences que l’on pourrait évaluer pour mesurer l’efficacité du dispositif. Si je reprends les notes que j’ai prises pour avoir l’air tout de même un peu sérieux -déjà qu’il n’y avait pas de petit carton à mon nom, alors imaginez si je prenais pas de notes, ça aurait vraiment fait glandu- j’y vois des choses comme « capacité à synthétiser », « savoir observer et écouter », « mise en confiance de l’élève ». Et puis il y en a une, de compétence, qui m’interpelle. Ca s’intitule : « savoir être ». Je suis pas prof de philo, mais ça me paraît bizarre « savoir être ». Ca s’apprend « être »? Faut croire que oui.

 

Le preux chevalier.




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