2.5 Quand tout va bien.

Quand tout va bien, on ne sait plus quoi raconter. On se retrouve vite confrontés à la peur du Blog blanc.

Quand tout va bien, on se dit que tout ceci, tout ce qui nous est arrivé jusqu’ici, tout ce qui nous a améné jusqu’ici, n’était que péripéties. On a tort bien entendu.

Quand tout va bien, on pourrait croire qu’on se fait chier. Mais en fait pas, mais alors pas du tout. En fait les choses n’ont jamais été aussi intéressantes.

Quand tout va bien, on découvre des projets ambitieux, des trucs pour tout dire assez merveilleux, et on se dit qu’il faudrait en parler. Mais on sait pas vraiment comment, alors ce sera pour la prochaine fois. Promis.

Quand tout va bien, les gens vous montrent qu’ils ont des marges de manoeuvre et les utilisent pour vous aider, autant que possible. C’est assez fascinant de voir comment tout d’un coup les choses se passent tellement mieux. Et comment tout d’un coup on a soi-même envie de se bouger le cul.

Quand tout va bien, on se réjouit d’avoir des problèmes normaux de prof normal. Puis on se demande vite ce que c’est qu’un prof normal.

Quand tout va bien, je crois qu’il faut le dire, mais comment? C’est pas marrant les gens contents. Ou alors à petites doses. Parce que le type avec un sourire accroché à la figure, celui qui trouve que les arrêts intempestifs du RER en pleine campagne, à 18h un jeudi soir, c’est bien : « parce que ça permet de regarder le paysage ». Oui, ce type là, eh ben on a envie de l’étriper, de l’égorger, enfin de lui faire un truc pas sympa. Juste pour voir si le sourire est toujours là.

Mais quand tout va bien, il faut quand même le dire. Parce qu’on en a ras le bol des jamais contents, des Jean-Pierre Bacri du pauvre, des insatisfaits chroniques. Et parce que quand tout se passe bien, quand les gens font des choses bien, évidemment qu’il faut le dire. Le crier sur tous les toits. Youpi. Tralala. Génial. Super chouette.

Quand tout va bien, on essaye de voir plus grand. De ne pas se contenter du petit bout de la lorgnette. Et on se rend vite compte que le tableau d’ensemble de l’Education Nationale est assez effrayant, entre suppressions de postes et réformes à la va-vite. Si ça continue à ce train là les lycées auront été révolutionnés avant même que Domenech soit viré. Un comble, non?

Quand tout va bien, on rencontre des gens passionnants qui essayent de faire bouger les choses, chacun à leur façon. De 17 à 57 ans, un peu plus, un peu moins parfois.

Quand tout va bien, on a moins de mal à se lever le matin. On est portés par un drôle d’espoir, un peu incongru par les temps qui courent. On se doute bien que ça ne va pas durer. Qu’un jour la réalité va se manifester sous un jour moins avantageux. Mais ce jour n’est pas encore arrivé et d’ici-là les aventures vont se multiplier. Et très bientôt j’aurai à nouveau plein de choses à raconter. Des choses bien, avec un peu de chance.

 

Le preux chevalier.

6 Réponses à “2.5 Quand tout va bien.”


  • hussard-oule pour toi

    Bon ben au moins, il y en a un pour qui ça va. Savoure, ça ne dure jamais bien longtemps.

  • ravie pour toi cher preux chevalier même si de ce fait tes aventures perdent un peu de piquant… Mais tant mieux pour toi!

  • Quand tout va bien, j’espère qu’on n’oublie pas ces petits camarades pour qui tout ne va pas si bien.
    Ton discours montre le fossé entre les « précaires » de l’EN et les « fixés », fossé qui n’est absolument pas rémunéré : même salaire que l’on soit au soleil ou dans le brouillard.
    Dans ma matière (économie gestion), je rencontre des TZR qui le sont depuis 15 ans….Depuis 2001 que je suis prof, je n’ai jamais enseigné deux fois la même matière au même niveau.
    Et pire, il y a encore des collègues pour nous demander si on a passé le concours de l’EN pour être TZR…

    A plus de quarante balais, ça fait bizarre d’être toujours TZR…

    mes signatures préférées :TZR à vie ou TZR sans peur et sans reproche

  • Si ça avait été avec une de mes classes, ils auraient trouvé le moyen d’utiliser la technologie (bluetooth ou autre) pour écouter leur musique (ils arrivent bien à m’envoyer leurs textos sur le tableau blanc interactif, alors…), et je suis sûre que ça leur aurait donné l’air super intelligent !!!

  • Moi,je me dis que si on voit les élèves avancer , il y a toujours du bon…
    Ceci dit, ce soir rentrant du boulot, je suis restée coincée une demi-heure en train ,non pas en pleine campagne mais en pleine zone industrielle abandonnée, j’avais pas le sourire aux lèvres non plus..
    Bref, peut-être que ce jour-là, pour être heureux tu avais vu un rayon de soleil..
    A plus
    Agnès

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