2.4 Mets ton casque!

Jeudi dernier, sortie avec deux classes de seconde du lycée au Louvre. Objet : les sculptures grecquvenusdemilo.jpges. Vu qu’au lycée on aime les choses bien faites, élèves et professeurs ont droit à une guide censée leur expliquer tout ce qu’il y a à savoir sur ces statues sans tête, sans bras, sans corps mais rarement sans intérêt. Et pendant que la guide parle, les professeurs jouent les bergers, récupèrent les brebis égarées, sans pour autant mordre les jarrets, et répondent à de drôles de questions :

« Monsieur, pourquoi les pénis des enfants ils sont aussi gros que ceux des adultes? Elles sont bizarres ces statues…

- Ecoute, là tu atteins les limites de mes compétences. Mais tu peux poser la question à la guide, elle est là pour ça. »(bizarrement l’élève s’est dégonflé).

Le problème c’est que malgré ces drôles de questions, magré un superbe hermaphrodite et deux trois récits de mythologie à faire pâlir les censeurs du CSA, on commence vite à s’ennuyer. La faute à la guide, qui malgré ses connaissances évidentes, nous fait visiter le musée avec l’enthousiasme d’un paysan soviétique bloqué au sovkhoze pour l’hiver. Heureusement, nos élèves ne perdent tout de même pas trop le fil. Et ça c’est grâce à la magie des casques.

C’est qu’ils sont futés au Louvre. Avant chaque visite guidée -on dit « conférence », ça fait moins touriste allemand au château de Carcassone, chaussettes dans les tongs et tout ça- ils distribuent à tout le groupe des casques reliés à un petit récepteur. La guide, elle, a un petit éméteur et parle dans nos casques. C’est un peu comme un Talkie-Walkie, sauf que nous on est les Walkies et elle le Talkie. Alors, bien sûr ce système paraît un peu ridicule quand la guide se trouve à moins de deux mètres. Mais au-delà on comprend vite l’intérêt. Plus besoin pour la guide d’hurler pour couvrir l’impressionant bruit de fond. Et plus possible pour les élèves de se désintéresser totalement de la visite en discutant avec le voisin. Non, l’exposé sur les sculptures grecques passera par leurs oreilles, qu’ils le veuillent ou non!

Après seulement quelques secondes de visite j’avais déjà bien compris l’intérêt de ces charmants petits casques. Et j’expliquais à ma collègue de français qu’il me fallait absolument un jeu de ces caques pour ma classe. C’est vrai quoi, pourquoi faire l’effort de lutter contre les walk-man, les portables et bien pire, le sempiternel bruit de fond, quand il suffit de quelques casques achetés trois euros à la Fnac de Créteil Soleil -pour ceux qui connaissent pas, c’est un centre commercial, pas une station balnéaire.

J’ai beaucoup pensé aux casques pendant les deux heures que dura la visite. Pas que j’ai vraiment eu l’intention de m’en servir où que ce soit. Mais plus parce qu’ils me sont apparus soudain comme le reflet de pleins de trucs essentiels. Une sorte de métaphore de la connaissance. Alors voilà, il y a cette connaissance qui nous arrive dans les oreilles. Parce qu’à plus de deux mètres au Louvre on ne peut pas s’entendre sans technologie. On ne peut pas apprendre sans technologie. Non, pour accéder à cette connaissance, on doit s’isoler du monde extérieur. S’isoler des multiples interférences. S’isoler du tumulte urbain. Et alors la connaissance coule tout doucement dans nos oreilles et nous voilà plongés au beau milieu de la Grèce. Je ne suis pas sûr qu’elle reste là longtemps cette connaissance qui coule sans que l’on ait vraiment à agir ou réfléchir. Et je me rends souvent compte que j’entends plus que je n’écoute. Elle ne fait sûrement que passer, cette connaissance. Mais elle coule bel et bien et son cours est semblable à celui d’un petit ruisseau perdu au coeur des montagnes qui entourent Olympie : doux, régulier et tranquille.

Puis le tumulte urbain nous rattrape. On s’est un peu trop éloigné de la guide et seules des bribes de phrases parviennent jusqu’à nos oreilles. Pire, un groupe de Japonais casqués s’est posté juste à côté et ils utilisent la même fréquence. Les voix des deux guides s’entremêlent, on n’y comprend plus rien. On en a presque mal aux oreilles, à vrai dire. Et les élèves enlèvent le casque de leurs oreilles en nous regardant dépités. Même au beau milieu de la Grèce, la mondialisation nous a rattrapé.

 

Le preux chevalier.

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