• Accueil
  • > Archives pour le Jeudi 10 juillet 2008

Archive journalière du 10 juil 2008

Chapitre 32, où le preux chevalier dépose le bilan.

Non mais qu’est-ce qui m’a pris? Ah ça c’est sûr ça faisait bien d’annoncer « je vous prépare un petit bilan de l’année pour la première quinzaine de juillet » et bla bla bla et bla bla bla. Mais bon maintenant faut le faire ce bilan et la tâche n’est pas aisée. Surtout qu’un prof en vacances ça ne veut pas, mais alors pas du tout, travailler. Et puis la « première quinzaine de juillet ». Non mais quelle escroquerie. Je suis sûr qu’elle dure pas quinze jours la première quinzaine de juillet. Douze ou treize peut-être, mais guère plus. La première quinzaine de janvier elle fait quinze jours, pas de doute là-dessus, et à vrai dire on la sent passer. Mais juillet file, file comme un président en partance pour la Chine. Et puisque désormais c’est Nadal qui gagne sur gazon et que même Ingrid peut profiter de ses vacances, j’en suis persuadé, quelque chose ne tourne pas rond, une rupture du continuum espace-temps un truc dans le genre.

D’ailleurs ces jours passent tellement vite que le rectorat n’a toujours pas trouvé le temps de m’envoyer mon arrêté d’affectation pour l’an prochain. S’il y a une faille spatio-temporelle, nul doute qu’elle part de là. Du standard de la Direction des Personnels Enseignants (DPE) pour être plus précis, que j’essaye de joindre sans relâche depuis trois jours, histoire de récupérer les sous qu’on me doit. Bip, bip, bip. Encore et encore.

papin.jpg

Mais bon, il arrive ce bilan? Parce qu’avouons-le, vous n’êtes pas là pour entendre parler de la magie de la première quinzaine de juilllet et des fonctionnaires qui foutent rien. Non, ça JPP (le « journaliste », pas le footballeur-mais j’ai mis la photo du footballeur parce qu’après Panaf et Balladur ça aurait fait trop) le fait mieux que moi.

Sauf que c’est bien gentil mais moi pour faire le bilan je fais comment? Pas de stats, pas de comptabilité. Comment je sais si j’ai bien travaillé? L’éducation est un domaine où l’évaluation résiste encore tant bien que mal au quantifiable. A vrai dire, vu qu’on peut pas quantifier on n’évalue pas ou si peu. Rassurons-nous ça ne devrait pas tarder. Un petit apéro sous une pergola ombragée du sud-ouest entre notre président et ce bon vieux Tony le tigre d’outre-manche et ce dernier devrait lui expliquer comment tout mesurer, au risque de ne plus rien faire.

Alors voilà, c’est arbitraire, mais j’ai décidé de diviser ce bilan en deux catégories. Savoir et savoir-faire. Si on considère que quelque part mon métier c’est de faire-savoir ça fait un bon trio. Comme au début de la Boum 2 quand Claude Brasseur passe sa thèse (vous pouvez vérifier si vous voulez, c’est l’été).

Donc cette année j’ai appris :

- que l’éducation nationale est un monde féérique (au sens littéral, avec des fées quoi) où cohabitent des dragons, des sorcières et des magiciens, des rois perdus dans leur château, des princesses pas du tout fleur bleue et des cpeterpan.jpghevaliers de fortune, avec des montures elles aussi de fortune (merci transilien). Il y a aussi et surtout beaucoup d’enfants perdus, vous savez, ceux de Peter Pan qui ne veulent pas grandir et dont les parents sont mystérieusement absents.

- que dans ce monde merveilleux rien n’est automatique et que rien ne s’obtient sans l’avoir demander. Ca doit être un peu pareil partout, mais moi je pensais (très) naïvement que parfois on pouvait travailler dans l’intérêt des gens, essayer d’arranger tout le monde, mais que nenni, pour l’essentiel on travaille dans l’intérêt le plus pressé de la personne qui travaille et si y’a des frites à la cantine ou judo à 17h, eh ben c’est pas de bol.

- qu’il existait toutes sortes d’élèves et toutes sortes de profs (mais alors vraiment toutes sortes) et qu’il était parfois difficile de comprendre pourquoi certains étaient compatibles. C’est un peu comme les légos, mais ceux qui sont pas de la marque légo. Des fois ça s’emboîte, des fois ça s’emboîte pas. Et on comprend pas très bien pourquoi. Y’a aussi des fois où on comprend très bien pourquoi ça marche pas. Parce que mettre un playmobil sur un château fort de légoland, forcément ça peut pas le faire.

- que les vacances voire même la fin de l’année finissaient toujours pas arriver, sans que ni les élèves, ni le prof, ne sachent parfois vraiment comment, soudain réunis par le sentiment d’avoir survécu à quelque chose et peut-être même d’avoir accompli quelque chose. Cette certitude que la fin va arriver fait fonctionner l’éducation nationale les deux dernières semaines avant chaque vacance et à partir du mois de mars. C’est magique. A vrai dire, je suis désormais persuadé que les vacances sont la véritable clé de voute du système (et je vois déjà les apôtres de la valeur travail qui s’étranglent)

- qu’il n’existait pas de recettes miracles, pas de « truc », mais que parfois, avec certaines classes, tout se passait bien et que cela pouvait durer longtemps, longtemps. Il ne reste plus qu’à faire en sorte que ce parfois devienne un souvent.

Et donc désormais je sais :

- me rendre n’importe où dans la région parisienne grâce à ma connaissance unique des lignes de train, RER et autres bus scolaires. En bon provincial, je n’avais jamais pensé que l’Ile de France pouvait aussi être la campagne, mais si. Prendre le train depuis Paris dans n’importe quelle direction, attendre une grosse demi-heure et vous comprendrez.

- survivre dans un environnement hostile, soit une salle, peuplée de 30 représentants bizarres de ce qu’on appelle le jeune, voulant faire tout sauf travailler, et ce non pas pour l’heure qui suit mais pour le temps qu’il leur reste à tirer avant d’avoir 16 ans ou plus probablement avant que papa et maman n’abandonnent l’idée de leur faire faire des études. Bienvenue au BEP de Fort Fort Lointain, négation de l’éducation et angle mort du système en théorie caché à nos regards de professeurs certifiés.

- m’intégrer dans un établissement, travailler au jour le jour (parce que demain y’a la 5e Dingue au programme et que rien que d’y penser je fatigue), m’adapter à tous les niveaux, faire entendre ma voix, bref, occuper ma place et parfois même celle des autres (cf. mes nouvelles compétences en matière de prêt de livres, remise des manuels scolaires voire déménagement d’un centre de documentation et d’information -ça veut bien dire ça CDI?).

Bilan du bilan : pour une année ça fait pas mal, ça fait même beaucoup, et à mon avis je ne devrais pas tarder à développer de supers-pouvoirs.

Bonne vacances et à très bientôt pour la saison 2, où le preux chevalier est toujours TZR mais dans un fort un peu moins lointain (on sait pas encore lequel, ce serait trop beau).

Le preux chevalier

Ps : Et j’allais oublier. J’ai développé cette incroyable compétence. Désormais, quand un ami d’ami, trader à la société générale (si si, y’en a plein), m’explique que je suis (bien) payé à rien foutre, je souris gentiment et je ne réponds pas, ou si peu. Parce que l’énergie est un bien précieux qu’il convient de ne pas gaspiller. Parce qu’il y a des choix de vie. Parce que certaines choses se vivent plus qu’elles ne s’expliquent. Et parce qu’il y a bien pire ailleurs.

Pps : Un blog c’est quand même mieux quand y’a des gens qui le lisent. Alors merci à tous ceux qui se sont arrêtés sur cette page cette année. Et un encore plus grand merci à tous ceux qui l’ont fait découvrir à d’autres.vacances.jpg




theworldofdd |
missyoura |
Kidal-blog: site d'informat... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | L'air du temps
| vision libre
| jacquemiche2