Chapitre 26 où le chat fait « miaou, miaou »

 A Fort Fort Lointain, l’extraordinaire devient ordinaire aussi vite que la tectonique se démode. La preuve en deux temps.

Acte I : vendredi dernier les premières pro décident d’un commun accord de pèter un câble. Plus question de laisser les BEP devenir les légendes du lycée. Nous aussi on veut notre part. Comme me l’ont affirmé certains des plus beaux spécimens de la classe : « on veut devenir les number one ». Sous-entendu des classes les plus chiantes. Et à force d’efforts (ou d’absence d’efforts) ils y parviendraient presque. Une prof principale en arrêt maladie entre autres parce qu’elle ne les  supporte plus et vendredi, donc, une bataille de boulettes de papiers pendant mon cours. Beau bilan pour un début.

pelotebasque.pngTout professeur apprend vite qu’il existe plusieurs types de batailles de boulettes. Et que tout dépend de l’arme utilisée. Un peu comme à la pelote basque, on peut, ou non, choisir de se servir d’ustensiles et d’utiliser les murs. La bataille de type sarbacane, avec mini-boulettes et stylo bic est ainsi devenue légendaire et très appréciée des élèves pour sa discrétion relative. Mais vendredi mes pré-pro n’étaient guère intéressés par la discrétion. J’aurais plutôt juré qu’ils cherchaient à se faire remarquer. C’est donc de la boulette de gros calibre qui vola en salle 128, de type feuille A4 roulée en boule. Une première salve lancée par le dernier rang sur le premier pendant que le professeur a le dos tourné et soudain c’est l’escalade. Avec un minimum de discrétion tout d’abord et puis finalement sans gêne, parce que quand y’a de la gêne y’a pas de plaisir.

Peu à peu je transforme donc les élèves en femme de ménage tout en leur promettant l’enfer, continue le cours et essaye tout de même de les garder dans la classe parce que virer les élèves c’est mal . Mais certains, voyant que je me retourne décidément de moins en moins souvent, décident de ne plus attendre et lancent des boulettes sous mes yeux ébahis. 18 ans de moyenne d’âge dans la classe et l’impression que le cirque Bouglione est en ville. Je décrète donc la fin des hostilités. 21 élèves dans la classe, 19 présents et 6 virés pour « guerre de boulettes de papier » qui plaident bien sûr tous la légitime défense. Changement d’ambiance pour la fin du cours, type mouche qui vole et passage chez le proviseur adjoint en sortant.

Je lui explique alors que je n’avais encore jamais vu ça, même en BEP. Il me rétorque que « ce sont de gentils élèves, mais ils sont sans doute un peu déstabilisés par l’absence de Mme D.

- Oui… enfin ça fait tout de même un mois que ça se dégrade dans toutes les matières et qu’ils ne font plus rien…

- Vous savez, il y a dans cette classe des élèves qui se rendent compte que, peut-être, ils n’auraient pas dû aller en Bac Pro, alors pour eux c’est dur. Collez ceux que vous avez exclus, ça devrait suffire ». Certes. Lorsque je suis revenu les voir à 17h pour la deuxième heure de cours le sol était à nouveau constellé de boulettes. Les chenapans avaient recommencé en cours de maths.

 Acte 2. Lundi matin, arrivée des 5e. Parmi eux Antonin et ses exceptionnelles statistiques : viré un cours sur trois en moyenne, déjà huit jours d’exclusion et une commission de discipline. Le tout avec une arrivée au mois de janvier. Le garder dans la salle une heure entière est devenu un défi que je peine à relever malgré tous mes efforts. Je m’y emploie pourtant, ce qu’on pourra constater par la suite.

La liste des exploits d’Antonin serait trop longue alors le résumé du cours de lundi devrait suffire. j’y ajoute néanmoins cette remarque prononcée il y a quelques semaines à propos de la prof que je remplace et dont je venais d’annoncer à la classe qu’elle avait accouché : « j’espère qu’elle a crié la grosse ».

Lundi matin, donc, arrivée d’Antonin qui commence par apostropher un camarade situé à l’autre bout de la salle : « t’as vu le score de l’OM? ». Les bavardages continuent, malgré les menaces et je suis obligé de l’interrompre quand il commence une phrase par « hier soir j’ai rêvé du prof d’Histoire… ». Une boulette de papier plus tard je décide de ramasser le carnet d’Antonin qui m’explique qu’il ne l’a pas, puis fait semblant de fouiller dans son sac pendant une bonne minute. Lequel sac ne contient bien sûr que le carnet de correspondance.Une fois le carnet ramassé, Antonin tente au moins trois opérations « évasion discrète du carnet du bureau du prof » et refuse obstinément de se mettre au travail parce que je suis méchant, j’ai osé lui subtiliser son carnet alors qu’il n’avait strictement rien fait (trémolos dans la voix).

Malgré ce début de bonne facture, Antonin décide qu’il ne s’amuse pas assez. Il emprunte donc le téléphone de son voisin, histoire de le faire sonner quand j’ai le dos tourné et d’expliquer ensuite que ça ne peut pas être lui : il n’a pas de téléphone! Quel odieux persécuteur je fais!

Cinq minutes plus tard Antonin pense qu’il est temps de réactiver un de ses grands classiques : un miaulement des plus parfaits, suivi du non moins fameux « Monsieur, y’a un chat dans la salle ».

Finalement, à quelques minutes du gong, l’opération « évasion de mon carnet prisonnier d’une geôle vietnamienne » finit par être un succès pour Antonin qui réussit à s’emparer du carnet alors que je suis à l’autre bout de la salle. Je me dirige vers lui et lui demande de me le rendre, mais évidemment il refuse. « Vous êtes un voleur, vous voulez m’empêcher de sortir » affirme-t-il en tenant son carnet comme un élève de BEP tient son MP3. Je lui explique qu’effectivement j’ai l’intention de l’amener voir la principale adjointe et qu’il est hors de question qu’il quitte l’établissement avant que ce soit fait. Refus obstiné. A la fin du cours je demande donc à Antonin de m’attendre et lui bloque un temps la sortie de la salle. Peu importe, il profite d’une question posée par un de ses camarades pour s’enfuir en courant malgré mes appels répétés. C’est donc seul que je me rends chez la principale adjointe. 24 heures et un beau rapport plus tard elle me certifie que l’élève sera exclu huit jours. Deux heures et un passage chez le principal plus tard on m’explique qu’Antonin sera finalement juste collé lors des cours d’Histoire, le temps de rattraper ses trois mois de retard sur ses camarades.

Moralité: quand les élèves pètent les plombs l’important est de rester calme et, surtout, d’avoir une hiérarchie qui vous soutient. Avec ça, tout va mieux.

Le Preux Chevalier

Ps :sinon, je fais aussi parfois prof d’Histoire-Géographie comme métier. Ca m’est arrivé vendredi et lundi avec les 2de et vraiment ça fait bizarre…

18 Réponses à “Chapitre 26 où le chat fait « miaou, miaou »”


  • Je n’avais jamais réalisé qu’on était dans le même bahut!

  • Fascinant. De quoi se demander pourquoi la majorité des profs sont de gauche. Vous constatez tous les jours la fainéantise et la mauvaise foi de ces gamins mais une fois sortis de l’école et exclus du monde du travail ils deviennent à vos yeux des « victimes du libéralisme sauvage ». Il ne vous viendrait pas a l’idée de vous demander si leur situation professionnelle (ou absence de situation professionnelle pour être plus précis) ne serait pas un peu due au comportement qu’ils ont exhibé pendant des années devant vos yeux ébahis?

    Franchement si vous étiez un salaud de patron, un exploiteur des masses, vous les embaucheriez vos spécimens ? Je me rappelle avoir lu il y a quelques années un article de Libé relatant les déboires d?un dentiste qui cherchait une secrétaire. Comme c?est un type bien il avait décidé de donner leur chance aux jeunes? qui se sont dans leur grande majorité révélés inadaptés aux tâches les plus élémentaires. Une candidate l?avait même traité de sale pervers quand il a eu l?audace de lui demander quel était son cursus (ça ne s?invente pas). Résultat des courses, il a embauché une mère de famille de 45 ans.

    Je suis fils de prof alors forcément élevé pour devenir une guimauve bien pensante mais il y a des contradictions qu?il est difficile d?ignorer. Comment peut on prédire (souvent avec justesse) le futur d?un(e) élève X qui n?en rame pas une et perturbe le déroulement des cours, tout en pleurant sur le sort de ses ainés qui ayant épuisé la patience du système ou leur propre capacité de scolarisation sont allés grossir les rangs des ratés de la vie ?

  • « Ratés de la vie ». vous y allez fort Plissken. Après le déterminisme génétique de Sarkozy, seriez vous adepte du déterminisme scolaire ou social ? Dans « ratés de la vie », ce qui pose le plus question c’est ce que vous mettez derrière le terme vie. je me permets de vous conseiller la lecture d’un roman « Cendrillon » de Eric Reinhardt. Vous y trouverez la complexité de la vie, bien loin des appréciations rapides. Notre preux chevalier fait preuve, lui, de plus de modestie et d’humour….

  • Hi hi hi, en voilà un raccourci saisissant cher Plissken. Alors si j’ai bien compris, être de gauche c’est croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, quelque part entre Oui-Oui et Casimir? En voilà un joli cliché. Car pour moi être de gauche siginifait plus quelque chose comme être favorable à une gestion collective de la société (attention, je n’ai pas dit collectiviste) et à une intervention de l’Etat dans l’économie afin de réduire les inégalités sociales, augmenter le niveau de vie moyen et surtout mieux répartir les richesses pour que personne ne soit plus obligé de vivre dans la rue ou dans des taudis dans un pays riche comme la France. Mais je suis un grand idéaliste et j’oublie les sacro-saintes lois de l’économie (puisque chacun sait que le marché a créé l’Homme. A moins que ce ne soit l’inverse?).

    Il est marrant de voir comme, selon les gens de droite, les gens de gauche considèrent toute personne issue de milieu défavorisé comme une victime de la société et comment, toujours selon les gens de droite, celle-ci doit par conséquent se montrer exemplaire pour justifier que c’est bien la société, et non des faiblesses personnelles, qui sont responsables d’un éventuel échec. Laquelle démonstration est bien sûr dans l’essentiel des cas un échec, car, grande nouvelle, il n’y a pas de raison pour que les pauvres soient moins cons que les riches (merci Coluche). Et donc oui, il existe des personnes stupides, de mauvaise foi, voire même fainéantes dans les milieux défavorisés tout comme dans les milieux aisés.

    Le problème, c’est qu’une personne de milieu aisé qui se comporterait de la même façon que certains de mes pires élèves s’en sortirait tojours bien mieux qu’eux. Question de relations, de milieux etc. Ce qui signifie bien que les atouts au départ n’étaient pas les mêmes et donc par lien logique que le patron voyou du cac 40 est sûrement plus difficilement excusable que le délinquant de banlieue.

    Bref, je m’égare mais le sujet est vaste.
    Vouloir que l’Etat s’engage au maximum pour donner, autant que faire se peut, des chances égales à chacun ne signifie pas considérer que chacun est bon, gentil et réussira forcément grâce à cette chance. Cela signifie simplement que l’on cherche à donner à chaque élève, et plus largement à chaque citoyen, les cartes nécessaires pour pouvoir réussir. A ce petit jeu là la France a fait de gros progrès depuis un siècle mais on ne me fera pas croire qu’aujourd’hui les élèves partent tous avec le même nombre d’atouts et que seul le mérite permet, dans notre bonne société libérale, de distinguer les winners des « ratés de la vie »

    Le Preux Chevalier

    ps: je ne connais pour l’instant pas d’amis prof de gauche qui soit passé à droite après avoir vu ses élèves. J’ai par contre un ami de droite qui s’oriente de plus en plus vers la gauche quand il voit les conditions de vie de ses élèves du 93…

  • hussard raie de travail

    Je propose d’exercer ton droit de retrait (le droit de retraite, lui, aura bientôt disparu) : nul n’est tenu d’enseigner sur un champ de bataille. Et puis, pour te remonter le moral, tu peux toujours te dire que si tes galopins ne sont pas des lumières, il y a pire dehors. J’ai entendu parler d’un type tellement fondu qu’il en appelle à la droite autoritaire quand il lit une histoire de boulettes de papier sur un blog de prof. De quoi relativer la connerie de nos adorables apprenants, non ?

  • Interessant de se voir catalogue « de droite » quand on a toujours vote a gauche. C’est le prix a payer pour exprimer une opinion qui s’ecarte des convenances lenifiantes je suppose.
    Concernant l’accusation de determinisme, le systeme francais est tout ce qu’Il y a des plus deterministe. Mes enfants sont scolarises a l’etranger dans un systeme qui amene tout le monde au meme diplome et qui vise avant tout a donner une solide culture general. A comparer avec l’EN dont la principale activite consiste a trier les bons des mauvais… un systeme pyramidal qui laisse la majorite en course de route. En tant qu’enseignant vous participez a une machinerie qui determine l’avenir de gamins de 15 ans en leur barrant l’access a des etudes generales et en forcant leur professionalisation (souvent prematuree). Dans un pays comme la France ou le diplome que vous obtenez a 18 ans decide de toute une vie, c’est limite criminel. Mais bien sur je suis un vilain deterministe… on croit rever.

  • Ah la vérité de « l’opinion non conformiste ». Cher Plissken, votre apport serait peut-être mieux compris si du haut de l’expérience d’un système étranger sur vos enfants (ah les joies de la généralisation) vous daigniez préciser vos critiques, négatives et constructives. De qui, de quoi parlez-vous. D’un monstre anonyme baptisé « EN » ou du travail de plus centaines de milliers d’enseignants confrontés aux insuffisances de la société et du monde dans lequel nous vivons. Soyez bon et généreux, instruisez-nous…..

  • Effectivement Plissken j’ai du mal à vous suivre… vous tirez à boulets rouges sur les profs et la gauche que vous caricaturez puis expliquez que vous êtes de gauche… le tout en développant (ou plutôt en survolant) des idées qui ressemblaient fort à la propagande libérale. Par ailleurs je ne vous accusais pas de déterminisme, mais plutôt d’antidéterminisme primaire.
    Pour ce qui est des disfonctionnements de l’EN, tout à fait d’accord, il y’a beaucoup à faire. Mais dois-je me sentir coupable pour avoir choisi de rejoindre le système pour changer un peu les choses? Ce blog me semblait la preuve que je n’adhérais pas totalement au fonctionnement de l’EN loin de là.

  • Concernant mon orientation idéologique, elle est sans doute difficile à cerner dans le contexte français. Je suis de ces gens pour qui les vieilles lunes de la gauche sont à passer par pertes et profits. Le facteur et le faux paysan moustachu sont au moins aussi nuisibles qu’un gaulliste bon teint ou qu’un Sarko bling-bling. Je suis arrivé à maturité politique sous Clinton. En d’autres lieux j’aurais été blairiste ou strauss-kahnien.

    tt045, je trouve incroyable d’accuser quelqu’un d’adhérer à des thèses relevant du « déterminisme scolaire » quand l’Education Nationale n’est qu’une gigantesque machine à trier.

    Je soutiens qu’il est criminel d’orienter des gosses de 14 ou 15 ans vers des formations professionnelles et ce pour au moins deux raisons. La première c’est qu’en agissant ainsi on leur ôte toute opportunité d’obtenir une vraie formation générale et on leur garantit des lacunes dont ils ne se remettront jamais. La seconde c’est qu’à cet âge on est en devenir. On ne devrait pas être forcé de faire des choix qui vous engagent pour toute une vie.

    Epargnez-moi le couplet sur les « enseignants confrontés aux insuffisances de la société et du monde dans lequel nous vivons ». Je connais le milieu enseignant pour y avoir grandi. L’Education Nationale est une machine à broyer les gamins et la plupart des enseignants n’ont aucun état d’âme quant à leur participation à cette entreprise. Ceux qui en ont se préfèrent se poser en victimes du système plutôt que de dénoncer ce gâchis (les manifs visent toujours à réclamer des « moyens » pas à remettre en cause les pratiques en vigueur). Des victimes qui reçoivent un chèque tous les mois quand même.

    Vous avez beau jeu ensuite de militer contre le « libéralisme débridé », et de pleurer sur le sort de vos anciens élèves que vous avez envoyés au casse-pipe. Au lieu de leur donner une solide formation générale, qui leur aurait assuré les bases permettant d’apprendre tout au long de la vie, vous les avez envoyés en BEP chaudronnerie ou plasturgie. Pas de postes de chaudronniers ou de plasturgistes disponibles sur le marché de l’emploi ? Il faudrait apprendre autre chose. Oui mais quand on n’a pas les fondamentaux, la culture, et les méthodes d’apprentissages qui ne s’acquièrent qu’avec une formation généraliste, on fait quoi ? On touche le RMI en attendant l’avènement de la société « plus juste et plus solidaire » promise par les enseignants alter-mondialistes abonnés à Télérama.

  •  » Au lieu de leur donner une solide formation générale, qui leur aurait assuré les bases permettant d?apprendre tout au long de la vie, vous les avez envoyés en BEP chaudronnerie ou plasturgie.  »

    Si je peux me permettre d’intervenir dans ce « débat » (qui va rapidement tourner au n’importe quoi … si, si je le sens… dès qu’on parle éducation, tout le monde sait faire, c’est comme pour le budget de l’Etat ou le trou de la Sécu, tout le monde « a » LA solution…) … bref, si je puis me permettre, je dirais simplement ceci :

    Plissken, vous êtes apparemment déconnecté du système éducatif français et plus au fait d’un système éducatif étranger (dont j’aimerais connaitre la substance d’ailleurs). Vous n’êtes pas déconnecté de l’éducation elle-même, je ne dis pas ça, je dis bien du système éducatif, de son fonctionnement. En 1997, Claude Allegre a osé parlé de « mammouth » ; que n’avait-il pas dit là… et pourtant il avait raison.

    Je suis « prof » moi-même. Croyez bien que je ne regrette guère les réformes ambitieuses et les manières d’Allegre… mais je regrette son discours sur le mammouth car il a raison… mais le mammouth n’est pas forcément où on croit qu’il est. Le dynamisme des jeunes collègues donne envie de vivre à fond ce métier, il fait plaisir à voir et ça remotive chaque année ; mais ils sortent déçus et parfois détruits par l’IUFM, par des programmes monstrueux, par une machine administrative qui ne pense qu’à mettre en place des réseaux, des circulaires, des formulaires à remplir etc. au détriment de l’essentiel : l’enseignement. Le ministère est le premier des mammouths du troupeau.
    Il est suivi par « les syndicats »… mais pas tous en réalité. Sans citer de nom, certains syndicats (unsa) sont très progressistes et prêts à la discussion sur tous les sujets. Je ne milite pas ici, c’est juste un constat. Mais les centrales syndicales, en globalité, sont arqueboutés sur des « acquis ».

    Donc, ce n’est pas sur le « prof » qu’il faut taper car lui il aime en général ses élèves (j’en connais que je foutrais bien dehors mais je peux pas…), il cherche le mieux pour eux, il les aide, il les écoute et surtout il cherche à les orienter.
    Oui la France ne crée pas que des humanistes… mais elle forme aux humanités jusqu’en troisième. Et tous les élèves ne sont aptes ou n’ont pas envie qu’on leur apprenne ces humanités toute leur vie. Pour ceux qui ont échoué à un moment donné de leur vie, il existe des « passerelles » et une ré-orientation est toujours possible. On ne fera pas d’un chaudronier un ingénieur en nanatechnologie, c’est un fait, mais c’est le cas dan n’importe quel système éducatif au monde… même « à l’étranger ce n’est pas possible. Je connais le système allemand et il est encore plus sélectif et offre moins de passerelle que celui français, sous couvert de plus de « choix ». C’est un leurre et il est dans les mauvais élèves des classements de l’OCDE. mais remarquez que les Etats-Unis aussi sont mauvais élèves… eux qui ont Harvard !
    Revenons au simple conseil de classe en France. Le « prof »… que dis-je « l’équipe pédagogique » veut faire passer un élève en BEP parce qu’il estime que c’est un chemin qui le conduira vers un bac pro, puis un bts… l’élève aura des passerelles et pourra revenir à un circuit technologique s’il est motivé, qu’il bosse et que ses résultats sont bons… certes ! Cette équipe pédagogique veut aussi proposer à un élève un redoublement car il est un peu juste et, tenez-vous bien, il a un an d’avance… et bien dans ces deux cas… pression académique sur les taux de redoublement et sur le trop grand nombre d’orientation en seconde pro… les « chiffres » ! la logique comptable vient du ministère… suit la demande rectorale… descend sur le bureau du chef d’établissement… qui doit rendre des comptes… qui fait pression sur le conseil de classe et surtout qui a la décision finale du conseil (et oui… un conseil, c’est pas à la majorité, c’est à la décision du chef d’établissement en France)…
    Et bien vous aurez beau être le prof le plus motivé de la Terre… quand « l’appareil étatique » est en marche, vous êtes écrasés par le poids du mammouth car les chiffres et la gestion comptable seront toujours plus forts que « l’Humain » !
    Alors quoi ? Alors es deux élèves sont partis pour aller en seconde générale recevoir une culture savante et une formation si générale qu’ils s’y sont noyés. il n’y ont pas reçu une « solide formation générale » comme vous pensez être le mieux pour eux… parce qu’ils n’en avaient ni les bases, ni les compétences, ni l’envie. Broyés par le système, ils ont redoublés deux fois puis sont sortis du système… L’Humain aurait été de leur donner leur chance vers des voies certes plus professionnalisantes, mais aussi plus abordables, plus gratifiantes et sans aucun enfermement, car contrairement à ce que vous dites… aucun être humain n’est défini par le système, par sa formation. On peut se former toute sa vie… Il suffit d’en avoir envie. Donc à ces deux élèves, il leur est possible maintenant d’entrer au Greta ou de reprendre des formations. Les fondamentaux ne s’apprennent pas avec une formation générale, je ne suis pas d’accord avec vous. Vous mettez sur le même plan culture et méthodes d’apprentissages… Je ne suis pas d’accord. Un plâtrier-plaquiste n’a jamais été un mauvais citoyen parce qu’il a juste un CAP. Un boulanger peut lire et même comprendre ce qui est écrit dans les journaux… sa « culture » ne dépend pas de son apprentissage…

    bref, pour revenir à l’idée de conversation de café du départ… vous avez un point de vue qui vous est propre sur le système éducatif français, mais sachez que nous sommes nombreux, de gauche, comme de droite a ne pas être d’accord avec votre discours, ni avec celui des syndicats traditionnels, mais que nous n’avons guère de tribune d’expression, ni forcément l’envie de nous battre contre des moulins à vent. car en éducation… tout le monde a SA solution et tout le monde onna^t mieux le métier que l’enseignant ou l’élève lui-même, c’est hélas trop bien connu…

    cordialement. Chris.

  • Et oui je reçois un chèque tous les mois. Pas trop gros, mais un chèque quand même. Et si, je m’interroge sur les pratiques de l’EN et d’ailleurs celles-ci ont énormément évolué, ne serait-ce que depuis dix ans. Il reste effectivement beaucoup de choses à changer pour ce qui est de l’orientation et je suis d’accord que les choix irréversibles à 15 ou 16 ans sont des absurdités. Néanmoins la même voie pour tous coûte que coûte ne me semble pas non plus le remède miracle. Là aussi vaste débat, qui mérite une plus ample réflexion.
    Bref, tout ça pour dire que votre vision de l’EN date un peu et que l’EN ne se limite pas à vos parents et leur entourage (contre lequel vous semblez avoir une grosse dent)

  • Merci, Preux chevalier de prendre le risque d’agir quand d’autres discourent.

  • tto45, je ne puis m’empêcher de penser que votre dernier post m’était indirectement destiné.

    Votre réaction est typique du monde enseignant, où règne une mentalité d’assiégés. Ceux qui sont étrangers à l’institution, et donc forcément ignorants de ses moeurs et coutumes n’ont pas le droit à la critique. L’exigence démocratique, le contrôle par les citoyens, qui non seulement financent tout ce bazar mais dont les enfants servent de cobayes en prime? tout ceci ne vaut pas pour l’Education Nationale, dernier bastion de la cogestion. Fermez les yeux et imaginez la gestion de l’armée laissée aux militaires. Maintenant ouvrez les yeux et regardez votre institution de tutelle. Etonnant non ?

    Quant à l’opposition entre ceux qui « parlent » et ceux qui « font » elle me semble peu pertinente. Vous prétendez « agir », mais que faites vous exactement ? Vous mettez en ?uvre les consignes qui viennent d’en haut. Vous triez les gamins. Vous envoyez votre quota en BEP ou lycée professionnel. Derrière vos prétentions révolutionnaires vous êtes les exécutants d’un système qui n’a rien à envier au libéralisme en termes d’inhumanité et de mise en concurrence des individus.
    Et par pitié, épargnez-moi le couplet sur ces profs courageux qui font « bouger les choses ». Certes, on trouve toujours quelques jeunes idéalistes persuadés qu’ils vont changer le système de l’intérieur mais quand même? on n’a jamais vu quelqu’un s’engager dans la marine avec la prétention de changer à lui tout seul la trajectoire du Charles de Gaulle ou un militant d?Amnesty International se faire geôlier dans une prison chinoise pour améliorer le sort des opposants au régime.

  • Juste une information Plissken…je ne suis pas enseignant mais simple citoyen et parent…Rendez-vous sur mon blog….

  • Plissken…

    vous êtes dans la contradiction habituelle :
    1- nous ne sommes que des exécutants de l’institution ! Nous mettons en oeuvre les consignes, le triage, les quotas etc.
    2- on ne changera jamais parce qu’on ne le veut pas ! Pas de prof qui veut faire bouger les choses, pas de dynamisme, mais une sclérose généralisée etc.

    Choisissez !

    Le malaise de l’école…
    - vient-il du mammouth-prof bien content de sa situation de j’m'en-foutiste, de son salaire honnête et de ses vacances ? (et tant pis pour les gamins floués par les vilains profs qui pensent d’abord à leur mode de vie personnel)

    - ou vient-il du mammouth – machine administrative, qui broie les enfants, nos enfants, dans un système qui échappe à toute cohérence sociale pour ne regarder que sa cohérence propre de fonctionnement ?

    Car, à mon sens, vous vous fourvoyez et vous confondez les deux, dans un discours démagogique et populiste, le discours habituel tenu par tout un chacun qui a un tant soit peu d’avis sur la question sans en connaître la réalité effective.

    Ah oui… j’oubliais…
    « Votre réaction est typique du monde enseignant, où règne une mentalité d?assiégés. Ceux qui sont étrangers à l?institution, et donc forcément ignorants de ses moeurs et coutumes n?ont pas le droit à la critique. »
    Je ne sais pas dans quel milieu vous travaillez… mais je m’imagine bien venir vous voir et vous dire… ben non, c’est pas comme ça qu’il faut faire, moi je ferai autrement, en débinant des tas de généralités… et au passage en disant que vous n’avez pas à vous plaindre, que vos conditions de travail sont plutôt bonnes, que votre salaire est nettement au-dessus d’une quelconque moyenne et que, selon les statistiques vous êtes une grosse feignasse et que d’autres en font beaucoup plus ailleurs et sans se plaindre encore… car c’est ça, le discours ambiant.
    Alors le réflexe de caste, ou plutôt corporatiste, ne le mettez pas au départ du discours, mais aussi à l’arrivée car oui, s’il y a repli, c’est à cause de personnes qui jugent vite et mal.

    Alors, sans passer pour un héros quelconque, je pense que la majorité des « profs » fait bien son métier. Car c’est un métier avant tout : faire passer des valeurs, des connaissances, du sens critique, des méthodes et développer la personnalité de chacun. Ca, c’est la bas. Après chacun sa méthode pédagogique ou son esprit d’équipe.
    L’esprit « d’assiégés », on ne l’a que lorsqu’on se sent attaqué inutilement. Et cessez donc de généraliser car on nombre de parent d’élèves nous demandent des conseils, nous demandent parfois même de l’aide car ne savent plus comment faire avec leur enfant. Et répondre à leur attente n’est pas un réflexe corporatiste ! De plus dans tout conseil d’administration (délibératif !) il n’y a que 6 ou 7 « profs » seulement (sur 24 ou 30 personnes), et 5 parents d’élèves et 5 élèves et 5 personnes extérieures à l’établissement (collectivité territoriale et commune)… ce sont toutes ces personnes, toutes ensemble, qui fixent le projet de l’établissement et son fonctionnement général.
    Assez de discours sur la fixité du monde prof et dites-vous que c’est un monde ouvert et partagé à la base. Là où le bas blesse effectivement, c’est lorsque des ordres venus « d’en haut » fixent, que dis-je imposent !, des quotas. Alors écrivez aux ministres qui se succèdent plus vite que les « profs » mais cessez de vous répandre en indélicatesses sur ceux que vous pensez responsables et qui ne le sont que partiellement.

    Connais-toi toi-même (et tu connaîtras les dieux) ….

    Chris

  • Pour finir, vous écrivez, Plissken :
    « L?exigence démocratique, le contrôle par les citoyens, qui non seulement financent tout ce bazar mais dont les enfants servent de cobayes en prime? tout ceci ne vaut pas pour l?Education Nationale, dernier bastion de la cogestion. »

    On voit là que vous ne connaissez rien au fonctionnement d’un établissement… ou bien vous êtes dans le phantasmagorique, et je ne vous en blâme pas parce que vous ne faites que participez au discours ambiant, sans recul ni analyse.

    Je vous rappelle simplement :
    1- que les parents ont des représentants ELUS ! à toutes les commissions et à tous les conseils, même et surtout délibératifs.
    2- que le financement est donné et voté en grande partie par la collectivité territoriale de rattachement dont les membres sont ELUS démocratiquement.
    3- que les lois venues « d’en haut » ou que les décrets, circulaires et autres proviennent de personnes qui ont une légitimité là-aussi démocratique. Même si parfois indirecte, comme c’est le cas des recteurs ou des ministres. Donc, même si on est pas d’accord, au nom de la république et de la constitution, il est du devoir de tout fonctionnaire de procéder à la mise en oeuvre des politiques publiques.
    4- qu’un contrôle est effectué au niveau financier par la cour des comptes, à l’échelle de tout établissement.

    Alors le contrôle démocratique existe, il est citoyen malgré ce que vous dites… on n’est pas forcément d’accord, moi le premier, sur tout ce qui est entrepris ou décidé, mais c’est aussi cela qu’être une « société civile » au sens défini par Lohn Locke au XVIIe s.

    Dernière réflexion, plus politique : l’école est l’enjeu au centre du débat national. Quelle société voulons-nous ? Doit-on mettre l’économie au premier plan pour garder un rang mondial ? Ou doit-on mettre l’homme et le social en avant au nom de valeurs, à commencer par les droits de l’Homme. C’est là un choix de société. Le peuple a voté non ? Il n’a plus qu’à exercer son contrôle…

    Chris

    ps : participez-vous à ce débat national ?

  • désolé pour les quelques fautes… élève brouillon que je suis, je ne me suis pas relu…

  • Merci Chris et bon courage à vous ainsi qu’au preux chevalier. J’avoue en avoir plus que marre des discours qui désignent des boucs émissaires et se trompent de cible. Le vrai problème est bien celui de savoir si l’homme est au service de l’économie ou l’inverse. Dans le premier cas on fabrique des hommo economicus à la Britannique formés pour travailler et consommer sans se poser de questions et permettre à un système qui rejette de plus en plus de personnes « superflues » de perdurer et de nous entraîner dans le mur. C’est ce qu’Hannah Arendt décrivait dès 1951 et 1958 en tentant de comprendre les origines du totalitarisme et de poser les bases de la condition humaine. Dans le second cas c’est l’esprit critique qu’il faut développer, la capacité à comprendre un réel en mouvement. Difficile et belle mission que la votre !
    http://tto45.blog.lemonde.fr

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