Archive mensuelle de mars 2008

Chapitre 24, où le preux chevalier est un « très bon professeur »

 aliforeman.jpgChose promise, chose due, un petit récit de mon mardi de proto-révolutionnaire-communisto-gréviste s’impose. Souvenez-vous, nous en étions restés au moment où le preux chevalier devait à nouveau affronter le dragon du collège de rattachement, dans un remake de ce que certains osèrent qualifier de plus grand affrontement depuis le Ali-Foreman de Kinshasa 1974.

 

11h30 ce mardi, je me présente donc au secrétariat de mon collège de rattachement. Les souvenirs des trois mois passés dans le lycée voisin affluent. Tout cela semble déjà si loin. Et d’ailleurs c’est vrai que c’est loin : toujours cette bonne vieille heure et demie de trajet. Alors quand la secrétaire plonge dans sa montagne  de papiers et m’explique en souriant qu’elle espère « ne pas [m'] avoir fait venir pour rien », je peine à garder mon calme. Quelques instants plus tard tout s’arrange, le papier est retrouvé, ma signature apposée en bas à droite et le tour est joué.

Mais je sens que certains s’interrogent : quel papier peut justifier plus d’une heure et demie de trajet? Et bien figurez-vous qu’avant-hier c’était à moi d’être noté. Et la feuille en question n’était pas une impression de ma fiche perso sur Note2Be. Non, il s’agissait de l’évaluation de mon chef d’établissement. Un chef d’établissement qui ne me connaît que vaguement, n’a strictement aucune idée de la façon dont je travaille ni même de mes compétences ou de mes rapports avec les élèves, pour la bonne raison qu’ on est ici au collège et que moi c’est au lycée que j’ai travaillé, mais sera probablement la seule personne à m’évaluer cette année. Qu’importe, ne pas connaître la personne évaluée ni son travail n’a jamais empêché de mettre une note. Alors voilà, je suis un professeur « compétent et rigoureux » et j’ai très bien partout parce que c’est comme ça, je suis très bon et il faut l’accepter, vivre avec et s’en souvenir les jours où certains se permettraient de douter de mes compétences au simple prétexte que c’est à eux que j’enseigne. Le preux chevalier est un très bon chevalier. C’est l’éducation nationale qui le dit. Et si elle le dit c’est que ça doit être vrai, non?

Le temps de repasser prendre dans mon casier- que je ne visite jamais pour la bonne raison que je travaille à trente kilomètres de là- les fiches de paye des quatre derniers mois et l’heure est venue de repartir. Direction la gare, mais pas pour prendre le train. Car Fort Fort Lointain n’est pas sur la même ligne que mon ancien établissement. Bien trop simple. Non, direction la gare routière et un car dont je jurerais qu’il a transporté les 45 nains précédemment, car je n’arrive même pas à caser mes jambes entre mon siège et celui de devant. Cinquante minutes de route à travers les champs plus tard, arrivée à Fort Fort Lointain. C’est comme ça, c’est plus fort que moi, même les jours de grève, je vais à l’école. Déjà qu’après avoir fait tout ce qu’il fallait pour s’en échapper – Bac, études supérieures – j’ai pas pu m’empêcher d’y retourner pour « voir comment c’est de l’autre côté », voilà t’y pas que maintenant j’y vais sans être payé.

Oui, mais monsieur M. m’attend. Rendez-vous à 17h00 pour mettre les notes de TPE des élèves encadrés depuis mon arrivée. A l’aide des misérables 7 séances que j’ai plus ou moins dirigées, je dois ainsi évaluer « l’investissement » et « la démarche » de ces chères têtes blondes, note comptant pour huit points sur les vingt de l’épreuve, qui, je le précise, compte tout de même pour un truc appelé baccalauréat. Qu’importe, ne pas connaître la personne évaluée ni son travail n’a jamais empêché de mettre une note (deuxième). Et puis au pire, je pourrais m’appuyer sur les observations distraites de Mr M.

A ma grande surprise le lycée a été touché par la grève et plus de la moitié de mes collègues ont cessé le travail. Je m’installe tranquillement dans un coin de la salle des professeurs et sort quelques copies à corriger. Quand, soudain, un doute m’assaille.

« Vous savez s’il est là Jojo aujourd’hui?

- Ah non, il fait grève. »

zidanematerazzi.jpgEt voilà. J’ai rendez-vous avec Mr M. un jour de grève à deux heures de chez moi. Sauf que celui-ci ne viendra pas et qu’il a gentiment oublié de me prévenir. Je m’emploie à rester calme comme Pete Sampras sous la pression, mais faudrait pas que Materazzi passe par là…

 

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Chapitre 23, où les jeux sont faits

Aaaahhhh Fort Fort Lointain! Après mûre réflexion je ne vois pas de meilleur moyen de commencer cet article que cette exclamation : Aaaahhhh Fort Fort Lointain! Perdu au beau milieur des vastes paysages enneigés dans un pays loin là-bas, un peu comme Hélène – de Roch Voisine, pas de Troie (ni de quatre non plus) -, j’en avais presque oublié Fort Fort Lointain. Mais une semaine après le jour J de la rentrée R, je ne puis que me rendre à l’évidence, Fort Fort Lointain, est là et bien là, improbable château de cartes qui, tel Jean Tibéri dans le Ve, ne tient qu’à un fil mais s’accroche, s’accroche. Fort Fort Lointain, ses élèves surexcités, ses profs déprimés, ses mouvements de grève avortés (« moi je suis en grève si y’a du monde en grève »), son inexorable tiédeur, son vide, son creux, son de cloche(s).

Et le preux chevalier, me direz-vous, qu’en est-il dans tout ce fatras? Et bien lui aussi tient. Comme il peut. Et se rattache à quelques permanences, plus ou moins bienvenues. Monsieur M. demeure Monsieur M., impassible au vent qui souffle, au temps qui passe et aux délais fixés par l’administration pour la livraison de ces maudites notes de TPE. Le dragon de la cantine souffle sur les manants qui s’aventurent un peu trop près de son enclos, ce que je ne daigne plus faire depuis notre dernier affrontement. Et les élèves deviennent eux-aussi prévisibles : sans distinction d’âge, de sexe, de choix vestimentaire ou de goûts musicaux, ils se contentent pour la plupart de faire ce qu’ils maîtrisent le mieux, à savoir ne pas comprendre ce que je demande, faire l’inverse de ce que je demande et s’étonner de mon ire passagère mais régulière. Alors j’explique, je souris, je gueule, souvent les trois à la fois. 10% enseignant, 90% police du bruit. Et je lutte du mieux que je peux contre l’idée que tout se délite lorsque je vois mes secondes pêter un plomb comme hier après-midi.

Vous l’aurez compris, le temps est gris sur Fort Fort Lointain, mais les éclaircies ne sauraient tarder. La preuve? Pas plus tard que hier, coup de fil du dragon de mon établissement de rattachement, si si, l’authentique, le seul, celui du PV d’installation. J’ai gagné un aller-retour jusqu’à mon ancien lycée pour aller signer un malheureux papier. Départ de l’expédition ce matin et nouvelle lutte en perspective pour récupérer mes fiches de paye des quatre derniers mois ( un détail parmi d’autres). On devrait bien s’amuser.

Au fait, j’oubliais : je suis en grève. Et plutôt deux fois qu’une.




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