Chapitre 20 où le preux chevalier apprend des choses sur la Suisse, et le monde en général

Deux semaines, si peu de temps pour vous écrire, tellement de commentaires sympathiques et tant de choses à raconter… Alors oui, j’aurais pu vous parler de la fois où j’ai été sauvé par la vieille fille du royaume d’à côté alors que mes serfs s’apprétaient à rejouer la Grande Peur en salle C11. J’aurais pu évoquer la visite du vice-roi/principal-adjoint devant un parterre de petits monstres pétrifiés. Ou le silence qui régna quand je demandai aux premières pro la date de la révolution (-14 juillet m’sieur – Oui, mais quelle année? – euhhhh… ben… ) Deux malheureuses petites semaines se sont écoulées depuis la dernière fois et il y aurait tant à dire. Une merveilleuse conversation sur l’emploi de « malgré que » avec une élève première L par exemple.

indy13.jpg

Mais il faut savoir parfois s’incliner. En bon historien, je sais que le document passe avant tout. Et tel Indiana Jones, j’ai enfin trouvé le Saint Graal. Sans même me servir d’un fouet. La copie parfaite. Un texte que Coluche et André Breton nous envieraient. J’ai donc décidé de vous le faire partager.


 

Il y a un peu plus d’une semaine, se déroulait le grand tournoi de Fort Fort Lointain. 180 jeunes pages et autres apprenties princesses de seconde. 5 épreuves. Et le meilleur pour la fin : Histoire-Géographie. Faisant moi-même partie du comité d’organisation, je peux le reconnaître, nous avions peut-être été un peu loin. Oser demander aux jeunes apprentis de placer sur une carte la Méditerranée, de situer la Turquie ou l’Afrique du Sud (je vous laisse imaginer les résultats) c’est déjà pousser le bouchon jusqu’à Vladivostok. Mais demander aux élèves de rédiger une réponse organisée, avec introduction, paragraphes et tout ça… où avions-nous la tête?

Le sujet était le suivant : « en quoi la croissance démographique reflète-t-elle le contraste nord-sud? ». Pour les aider, les participants pouvaient s’appuyer sur un super document qui expliquait qu’au nord on faisait pas trop de bébés, et qu’au sud, on en faisait plus. Que demande le peuple?

Ce week-end je m’attelais donc à la correction des épreuves. C’est alors que je fis la découverte. Je devais avoir déjà replacé quatre ou cinq fois la Méditerranée (non, Tahiti n’est pas au bord de la Méditerranée). Et soudain la lumière fut. Copie anonyme n° 134.

Paragraphe argumenté : « en quoi la croissance démographique reflète-t-elle le contraste nord-sud? »

« Les pays du Nord sont les pays dit riches. Ils travaillent notamment dans l’industrie, le commerce, le bureautique. Ces pays ont un relief assez dense, rempli de bâtiments, d’immeubles et plusieurs de centaines de maisons. Ces familles possèdent environ un voir deux enfants en moyenne qui seront scolarisés dès leur âge de trois ans, ce qui fera plus tard des personnes riches et intelligentes [hi hi hi]. Ces familles, vivent luxieusement en nourriture, en habitation, en habillement [...]Certains pays comme la Suisse vive d’un produit : le chocolat. Ce produit se vend assez cher pour rapporter gros dans le monde entier. Mais ce pays qui a le chocolat comme produit qui rapporte, n’a plus de cacao pour constituer cela, ce pays perdrait beaucoup d’argent. Ce cacao est produit dans des pays pauvres qui vivent très péniblement [...]

Les pays du Sud sont surpeuplés de personnes pauvres, vivant de leur agriculture, pour produire plus, des OGM sont découverts et pouvant améliorer le taux de ventes qui pourraient les améliorer financièrement. »

singe2.jpgQuelques lignes plus tard, ce document, qui à coup sûr représente une avancée décisive dans la théorie de l’évolution régressive (qui veut que peu à peu, l’homme remonte vers le singe -cf. Jean-Marie Bigard au Vatican), se conclut par cette maxime que je vous laisse méditer :

«  Le Nord est plus riche et plus grand en humanité, et le sud est pauvre et beaucoup d’humanité ».

Merci copie 134, merci beaucoup.

Le preux chevalier

Ps : TPE avec les première L

Moi « Rappelez-moi votre sujet.

Elles – Les adaptations de Shakespeare au cinéma.

Moi – Bien. C’est un bon sujet ça. Et vous travaillez sur quels films?

Elles (en choeur) – Roméo + Juliette

Moi – Celui avec Di Caprio?

Elles -Ouiiii.

Moi – Et à part celui-là?

Elles – Y’a aussi Shakespeare In Love. Et celui de l’Italien. Mais si, tu sais, le vieux là. Ah oui c’est vrai, je crois j’avais noté le nom dans mon cahier. Mince où il est mon cahier…

Moi- Laissez, laissez, on verra ça plus tard. Et vous les avez vu?

Elles – On a vu Roméo + Juliette.

Moi – Et les autres?

Elles (gênées) – Euhh non.

Moi – Corrigez-moi si je me trompe : vous faites donc un TPE, à rendre pour dans trois semaines, sur des films que vous n’avez pas vu?

Elles – Vous pensez que c’est embêtant?

Moi – …

9 Réponses à “Chapitre 20 où le preux chevalier apprend des choses sur la Suisse, et le monde en général”


  • je m’en remets pas!!!!

  • hussard rate jamais

    Tu es affreusement négatif : ce brillant élément est meilleur en orthographe que la plupart des étudiants en L1, il ira loin.

    Ou bien tu as corrigé ?

  • Eh ben, quelle vision du monde et de l’actualité! Et puis les vaches suisses sont violettes, il ne faut pas l’oublier…

  • Eh bien me voilà rassurée si je puis dire ! Cet après-midi, j’ai « épaulé » un grand de terminale E.S. pour qui l’histoire géographie ne devrait plus avoir de secret. Il a commencé sa saisie internet sur le site post-bac.org et a dû chercher dans le menu déroulant sa future formation. Un IUT à Lyon « Tech de Co » comme ils disent pour faire jeun’s . Jusque là tout va bien.

    Moi : « il faut que tu sélectionnes la région ».
    Lui : « la région de quoi ? »
    Moi : « de ton IUT à Lyon. Par exemple Pays de la Loire… »
    Lui : « ah, d’accord ! Donc je mets Lyon là, et en dessous je mets Pays de la Loire, c’est ça ? »
    Moi : « non, c’est un exemple que je t’ai donné. Comme Provence-Alpes-Cote d’Azur, Poitou-Charentes, etc… »
    Lui : « mais Lyon, c’est où alors comme région ? »
    Moi : « Région Rhône-Alpes ».

    Et là, il me sort le truc qui tue :

    « vous êtes sûre ? Parce que moi je voyais plus ça du côté du Massif Central ».

    Et voilà le travail.

  • Je me suis régalée à la lecture de votre blog !
    Je prépare les concours en Histoire-Géo cette année…
    Je savais un peu à quoi m’attendre, mais décrite par votre excellente plume, la réalité prend une toute autre forme ! Et il y a de quoi être un peu dégoûtée du mêtier par certains aspects… (pour ceux qui disent que prof c’est le plus beau métier du monde) Heureusement que le plaisir de retrouver ces « charmantes » (toute proportion gardée) têtes blondes donne le courage de se lever (tôt) le matin …
    Mais je crois que ce qui me marque le plus, ce n’est pas tant le « problème » des élèves mais celui des adultes : que ce soit du point de vue de l’administration (on en voit les effets pour ce pauvre prof mis en garde en vue pour une baffe), ou de l’ambiance entre profs…

    Juste un point de désaccord : pour moi, le niveau baisse vraiment. Visiblement, le hussard est prof en fac est pourrait peut-être le confirmer (??). En tous cas, mes profs de fac avec qui je discute assez souvent me disent que depuis trois quatre ans le niveau baisse singulièrement : syntaxe, orthographe, manque d’analyse, etc… et même cette fameuse culture générale qui est par exemple de savoir situer la Belgique sur une carte ;-) ou de savoir que la Renaissance commence au XIVe siècle en Italie et au XVe en France… Mais au-delà de cela, mes deux parents sont enseignants (instit et prof) et eux aussi font le même constat.

    Mais finalement, le problème n’est pas tant la connaissance que le manque de motivation, le manque de travail…

    Mais haut les coeurs !

  • Merci pour ce sympathique commentaire. C’est amusant que tu remettes le sujet du niveau sur le tapis car j’y pensais justement récemment. A la vue de mes nouveaux élèves j’ai, il est vrai, très envie de déclarer que le niveau baisse. Pourtant je reste persuadé que tout n’est pas si simple. Je crois que lorsque j’avais écrit cet article (chapitre 9, si je me souviens bien), je voulais surtout rappeler qu’on oublie toujours un certain nombre de paramètres lorsque l’on évoque ces sujets.
    Ainsi les profs de fac ont l’impression que le niveau baisse… mais comparons le nombre d’élèves qui entrent à la Fac par rapport à ce qu’il était il y a 30 ans ou même il y a 5 ans. Si la Fac n’est plus réservée à l’élite, il est normal que le niveau n’y soit plus forcément celui de l’élite…Il suffit ainsi de regarder le niveau des résultats du Bac des deux dernières années, très élevés, pour un peu mieux comprendre le sujet. Tout le monde s’accordera dans l’Education nationale à dire qu’ils ne correspondent pas à une hausse du niveau mais bien à une volonté, peut-être étrange (autre débat), de « donner le bac à tout le monde ». Logiquement les professeurs de fac vont voir arriver des élèves de niveau plus faible qui n’y seraient pas arrivés avant. D’où une impression tenace que le niveau baisse.
    Le diagnostic pourrait être exactement le même pour l’entrée au lycée, la troisième ne constituant plus vraiment un filtre puisque le dogme est désormais « on laisse passer tout le monde ».

    Une fois ces remarques faites on peut néanmoins faire plusieurs constats.
    - Effectivement le niveau en français baisse, ce qui a forcément des conséquences sur l’ensemble des matières et le niveau général. Les responsables sont bien connus : écriture texto, msn, baisse de la lecture au profit d’autres loisirs mais aussi des années de programmes de français aberrants, négligeant totalement le fait que les élèves qui arrivent dans le secondaire sont loin de tous posséder les bases nécessaires et auraient plus besoin d’orthographe que de linguistique.
    - Pour ce qui est de la génération dont je suis, le manque de culture générale par rapport à nos parents (réel pour ceux dont les parents avaient déjà bénéficié d’études longues) était à mon sens largement dû à de nouvelles façons d’enseigner et ainsi largement compensé par des capacités bien plus importantes dans l’analyse et la construction de la pensée.
    - Malheureusement, je pense que ce constat là est effectivement en danger. On est sans doute allé un peu trop loin dans le refus de la culture encyclopédique et surtout les problèmes de français mettent en péril l’ensemble de l’édifice. Il est sûrement urgent d’effectuer à ce niveau là un retour aux bases (il vaut sans doute mieux pouvoir situer les pays avant de comprenre le concept de centre-périphérie que l’inverse)

    Terminons avec le manque de motivation et le manque de travail dont tu parles.
    - Le manque de motivation s’explique à mon avis assez bien par un double échec de l’école et plutôt de la société. L’école ne sait pas s’occuper des élèves en difficulté, qui ne rentrent pas dans le moule proposé. Rien n’existe vraiment pour remédier à ces problèmes, hormis des heures de soutien par-ci par-là, bien insuffisantes. La société connaît depuis bientôt trente ans des problèmes qui ne se résorbent guère (chômage, précarité) et l’ascenseur social est en panne. La croyance en l’école comme moyen de progression sociale s’est en bonne partie évaporée chez les parents et par conséquent chez les élèves.
    - Le manque de travail résulte du manque de motivation, mais aussi de la multiplication des loisirs et des tentations dans notre société de consommation. Pensons que même notre génération n’avait au moment du collège ni internet, ni msn, ni portable autant d’activités chronophages dont les jeunes ont bien du mal à se couper car elles leur permettent de créer du lien social et de s’insérer au groupe…

    Voilà, le marathon est terminé et il y a là l’essentiel de ma pensée sur la question. Pour conclure, je pense qu’effectivement le niveau baisse mais que ce constat ne peut être généralisé et surtout doit être nuancé et approfondi (parce qu’en tant que tel il ne sert à rien ce constat, hormis à satisfaire quelques grincheux).

  • Débat intéressant qui montre que dans votre génération tout n’est pas perdu et donc que l’espoir perdure pour les suivantes. Des bonnes pistes seraient à prendre chez Hannah Arendt qui, à travers son concept de natalité, gardait l’espoir dans chaque nouvelle génération et dans chaque nouvel individu. Elle préconisait une éducation « conservatrice » seule capable de permettre ensuite l’écolosion de la nouveauté apportée par les derniers venus.
    http://tto45.blog.lemonde.fr

  • Pour continuer le débat, voici un lien vers une émission avec le philosophe Bernard Stiegler et qui dresse un constat accablant sur la jeunesse, avec pour explication le règne de ce qu’il appelle « l’hyper matériel ». Très intéressant…
    http://www.radiofrance.fr/franceinter/chro/parenthese/
    (Samedi 9 février, la guerre des esprits)

    Tout à fait d’accord sur les problèmes qu’engendrent l’abandon de ce que tu appelles la « culture encyclopédique ».

    Quant à mes profs de fac, ils font le lien entre la baisse de niveau et la génération CPE et Cie… Traduction : Ces années où les lycéens ont passé deux, trois, voire quatre mois dans la rue à bloquer facs et lycées, le bac a été largement facilité. Je le sais, j’ai eu mon bac sans avoir à passer l’oral grâce à cela (c’était l’année Fillon) et donc effectivement comme tu le dis, plus de jeunes qui ont le bac, plus de jeunes à réchauffer les bancs de la fac. Et les suivants qui attendent une autre année de grêve pour que le bac soit plus facile (entendu d’une lycéenne à qui j’aurais bien mis 2 claques…)
    Bien sûr que depuis 30 ans, il y a plus d’entrées à la fac, mais je ne crois pas qu’il y ait eu une augmentation significative sur les 5 dernières années (à vérifier cependant).

    L’ascenseur social en panne… Cela serait long à expliquer à la fois mon accord et mon désaccord. Problème de société et d’école ?
    Je suis tout à fait d’accord avec toi pour souligner le problème de cette génération internet et zapping (interview de B.S.).
    Mais il faudrait bien entendu revenir sur le rôle des parents dans l’éducation, avec des jeunes à qui il manque de bons coups de pieds au cul.
    Je ne les plaindrai pas, je ne suis pas partisante de cette option. Mai 68 et ses bons sentiments n’ont pas mené à grand chose en terme d’éducation (à noter, je ne parle que d’éducation). Je ne vois pas en quoi dire « les pauvres petits chéris, il faut les comprendre… » va les aider à l’avenir. Ce n’est pas cela la vie. La vie est dure, il faut se battre pour obtenir ce que l’on veut. Je connais plusieurs personnes qui ont été vraiment abîmées par la vie, et pourtant tous les jours, elles se lèvent parce que la vie est devant…

    Par contre, encourager ces jeunes, les booster, alors là, il n’y a pas de problème. Mais, je crois qu’il ne faut pas fermer les portes pour eux. Et les plaindre, pour moi, c’est les enfermer dans ce schéma d’échec. L’homme a sa dignité dans sa capacité à sortir des cadres que ce que l’on pourrait appeler « la vie » lui impose : génétique, milieu social etc… Sinon, nous ne valons pas mieux que des animaux (mais attention, j’aime beaucoup les animaux ;-) !)
    Mais, on rentre dans un débat philosophique après et … il est tard !
    Et puis, il faut que je bosse, parce que ce n’est pas comme cela que j’aurais mon capes !!!

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