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Archive mensuelle de janvier 2008

Chapitre 19, où le preux chevalier affronte un nouveau type d’armée.

Un bonheur n’arrivant jamais seul, mon nouveau poste s’est accompagné d’un petit cadeau de choix. Un an et demi après mes débuts, les voilà, mes premiers collégiens. Garantis moins de 16 ans (quoique…). Toute une classe de 5ème. Rien que pour moi. Des tout petits gamins. Même pas nés quand l’OM remporta la coupe aux grandes oreilles. A peine conçus quand Kurt Cobain décida que 27 ans ça suffisait. Oui, 21 têtes d’anges, ne sachant même pas qui est Edouard Balladur (petite photo pour ceux d’entre vous qui auraient oublié).

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« Je vous demande de vous arrêter », nous disait ce cher Edouard. J’ai essayé. Sur tous les tons. Mais rien n’y fait. Ma petite troupe de monstres ne veut rien entendre. Ai-je à faire aux terreurs du collège? Que nenni. Foi de collègues, ceci est du collégien lambda, comme on en trouve dans tous les collèges de France. Bon, certes, ils sont pas bien futés, mais il paraît que c’est le coin qui veut ça. « Ce n’est pas une classe particulièrement difficile » avait annoncé le principal adjoint. Dans un rictus il avait ajouté : « c’est juste que la mayonnaise n’a pas pris ». Enfin tout ça pour dire que si c’est ça les collégiens lambda, je me demande ce que c’est que le label rouge…

Les mardi après-midi sont donc désormais bien musclés. Ambiance Philippe Lucas et 21 Laure Manaudou qui ne veulent pas travailler. Alors forcément le clash arrive. Et c’est la bien nommée merveille, qui s’y colle (et oui, j’ai sucré la majuscule de son prénom parce que j’avais envie) : « J’aimais pas Mme E. mais vous c’est encore pire, je vous déteste ». « Ca se passe pas comme ça avec moi ». « Vous avez parlé à la prof principale, vous êtes qu’une balance. Les profs c’est tous des balances ». Comme si ça ne suffisait pas, merveille, bien sûr, prend le soin d’exprimer sa pensée sur une feuille destinée à sa voisine. Ca donne à peu près ça « Le prof il é nouvo é t’a vu comman il m’ parle. I s’la jou genre racail, j’é envi de le bité (sic) ». Evidemment merveille, finit le cours chez le CPE, avec rapport détaillé et passage chez le principal adjoint. Mais soyons-franc, le preux chevalier n’en mène pas large. Car la 5ème 7 est loin de se résumer à la seule merveille.

Certes, leurs armes sont très classiques. Lancer de stylo accompagné du « c’est pas moi » d’usage, cri d’animal et air innocent, incapacité totale à se taire. Rien que du très connu, ceux-là n’ont pas inventé la poudre. Mais leurs réactions à mes salves m’intriguent plus. Oh, il y’a bien du « non, monsieur, mettez pas de mot dans mon carnet, mon papa va me tuer », mais il y’a surtout beaucoup de « ouais, ouais, c’est ça », « j’en ai rien à foutre » et autres « ça me casse les couilles », suivis du « j’ai rien dit » d’usage, évidemment. Aurait-on créé une nouvelle race de petits monstres? Du genre à n’avoir peur de rien dès la 5ème?

Face à cette armée bien entrainée, le preux chevalier fait figure d’amateur. Ses armes habituelles (ironie, répartie et le terrible trio séduction/humour/rappel à l’ordre) semblent inopérantes. Tel un Rambo de la salle C11, j’ai néanmoins à ma disposition un armement plus conventionel : gueulantes, carnet, heures de colle, CPE… Mais, force est de constater que je ne suis pas encore passé maître dans son utilisation. Une question me traverse l’esprit : « et si c’était pas ma guerre? »

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Rassurez-vous, le preux chevalier ne baisse pas les armes. Mais, face à cette nouvelle armée, à leurs moeurs étranges – que mes collègues semblent considérer comme affreusement scandaleuses et terriblement normales– la mission s’annonce plus difficile que prévue et la victoire incertaine. Une autre question, plus insidieuse, me traverse l’esprit :  à quel moment l’éducation nationale est-elle devenue un champ de bataille ?

Le preux chevalier

ps : que les personnes qui sont arrivées sur ce site en tapant « tzr Steevy » et « charcuterie Caroline 31 » se dénoncent!

Pps : Oui, je sais, Big Brother is watching you

Chapitre 18, où le chevalier est affecté au château de fort fort lointain

 Oui, je sais, je sais, ça fait bien dix jours que je vous ai laissés en plein suspense, taraudés par un cliffhanger digne des plus beaux épisodes de 24h chrono. CDI? Pas CDI? Vacances prolongées? Collège Ambition Réussite? Il faut le dire, les possibilités étaient multiples. Mais les voies du rectorat sont impénétrables et tels les scénaristes de Lost, ils sont bien les seuls à savoir où ils vont.

En tout cas moi, depuis la semaine dernière, c’est dans la belle ville (bourgade? village?) de N.- que nous appellerons désormais le royaume de Fort Fort Lointain (c’est plus simple)- que je me ballade.

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 Avant toute chose plantons donc le décor -en même temps que notre tente. Fermez les yeux -pas trop, faut pouvoir lire quand même-, respirez un bon coup, voici Fort Fort Lointain. A seulement 2h porte à porte de chez moi (3 quand la SNCF supprime les trains « nous vous prions d’accepter nos excuses »), Fort Fort Lointain vous offre ses silos à grains, son usine désaffectée, sa gare de 25 mètres carrés (impossible de se tromper de voie), ses vieilles maisons du XIXème siècle décrépies, son mini-centre médiéval (un château-mairie, une église, une place avec des pavés, c’est tout mimi) et enfin ses 500 pavillons récents, garantis moins de 20ans d’âge, ambiance Valérie Damidot on refait tout chez vous (j’avoue, j’ai vraiment honte d’avoir regardé Déco hier soir). Depuis la gare, empruntez l’avenue du général De Gaulle (anciennement rue principale), la rue de l’Eglise, la rue des Ecoles puis traversez le parc du château. Arrivé au royaume des pavillons, redoublez de vigilance! Attention aux rues tournoyantes et à l’aspect labyrinthique de l’ensemble, un géographe s’y perdrait. Il y avait peut-être une raison pour que les romains fassent des rues droites et perpendiculaires, mais bon… Prenez l’allée Martin Luther King, tournez à gauche dans la rue Jacques Prévert, mais ne prenez pas l’avenue (véridique) Pablo Picasso et ses cinq mètres de largeur.

Non, continuez tout droit jusqu’au boulevard Georges Pompidou. Majestueux, flamboyant, il se dresse comme un militant PS dans une réunion de quartier sur le mini-traité européen, oui, c’est lui, le lycée polyvalent de Fort Fort Lointain. L’ensemble du lycée a été réalisé selon les plans du vaisseau Enterprise de Star Trek. Ah, c’est sûr, c’est pas facile de trouver la salle B 11. Mais un architecte heureux, ça n’a pas de prix.

A gauche du lycée, des champs. A droite, des champs. Derrière, des champs. En face des pavillons. Les élèves ne devraient pas avoir de problème à comprendre le concept de périurbanisation. C’est déjà ça. Mais revenons un peu en arrière : comment en suis-je arrivé-là?

Mardi 8 janvier 2008. Après un jour de bons et loyaux services au CDI, un pigeon voyageur du rectorat me parvenait avec la missive suivante : « SOS. Lycée de Fort Fort Lointain sans prof d’Histoire depuis deux mois. Merci de vous y présenter dans l’après-midi. Preux chevalier, nous comptons sur vos services inestimables » ( une phrase de cette missive n’est pas du tout crédible, sauras-tu la retrouver???)

Deux mois sans Histoire-Géographie? Et les parents ne sont pas encore en grève de la Faim devant le rectorat? Sûr, on n’est pas à Henri IV.

Il s’avère en fait que la personne que je remplace est partie en congé maladie pour grossesse difficile. Le rectorat s’attendait bien sûr à ce qu’elle revienne pour faire deux semaines de cours avant son congé maternité et n’a donc nommé personne en décembre. Mais ça y’est, le congé est commencé, le preux chevalier peut arriver.

Mardi après-midi, je descends donc du train qui mène à cette douce bourgade. Petite ambiance Charles Bronson, Il Etait Une Fois Dans l’Ouest. 25 minutes et cinq détours plus tard (foutus pavillons) me voilà à Fort Fort Lointain. Il s’avère que les gens y sont charmants et qu’on y est fort bien reçu. Ca change de l’administration prout-prout du lycée précédent. C’est à se demander si la proviseure n’est pas TROP charmante (pas physiquement, je vous rassure) : ces mots gentils, ce sourire, ça cache quelque chose. J’ai vu des films d’horreur. Et tout ça ne présage rien de bon.

Lire la suite de ‘Chapitre 18, où le chevalier est affecté au château de fort fort lointain’

Chapitre 17, où le preux chevalier est sans château fixe

Bonjour et bonne année à tous (parce que ça mange pas de pain et ça fait toujours plaisir)

J’espère que ceux qui ont eu des vacances en ont eu de bonnes et que les autres ont supporté l’air niais et béat des heureux vacanciers sans trop de difficultés. Personnellement je faisais, en tant que joyeux membre de l’éducation nationale, partie de la première catégorie, et j’en suis arrivé à cette conclusion : les vacances c’est BON! Et c’est nécessaire. Ne serait-ce que parce qu’en bon prof j’étais malade à noël. Je pense qu’il s’agit d’une déformation professionelle. Ou d’un truc qu’on nous insère dans la nuque au moment où on nous embauche, mais les profs c’est comme ça : c’est malade à noël. D’ailleurs j’ai un copain qui a eu son Capes mais n’enseigne pas encore, et lui aussi était malade. CQFD. En fait, même mes amis qui n’ont pas le Capes étaient malades à noël. Et mes parents aussi (mais ça je pense que c’était par solidarité familiale. c’est sympa). Bref, la France était malade à noël et si on se souvient de la tête de la bûche, pour son goût c’est plus dur.

Avant ça il s’était déjà passé plein de choses. Mon remplacement n’avait pas été prolongé et s’était terminé en beauté au moment où le père noël chargeait sa hotte et procédait à la dernière révision des rennes. Pour moi noël a donc commencé le 22 décembre cette année, et j’ai été gâté. Une pyramide de rochers de l’ambassadeur de la part des 2de6, une boîte de chocolats Jeff de Charleroi de la part des 2de 5 et une jolie photo de la classe avec plein de mots gentils de la part des Terminales, le tout assorti d’une standing ovation. J’en ai été contraint d’imiter ce cher Valéry de Chamallières avec un « j’avoue que ça m’émeut » de toute beauté. Bref, cette dernière semaine était vraiment sympa, du genre à vous donner envie d’être remplaçant.

Une fois ma mission remplie, j’ai donc pris ma moto d’instit, mon Jolly Jumper de cowboy et je suis allé me poser… au collège d’à côté. En tout cas c’est ce qui devrait se passer demain. Je vous rassure, il ne s’agit pas d’un nouveau remplacement mais bien d’une absence de mission momentanée. Sera-ce le grand retour de CDIMan ? Un bref entretien avec le principal adjoint devrait rendre les choses plus claires.

Néanmoins, je ne serai pas tout à fait complet si je ne revenais pas sur la fausse alerte qui a égayé ma fin de vacances. La scène se déroule jeudi après-midi. A gauche, un preux chevalier. A droite, le monsieur du service des remplacements du rectorat. Entre eux : une dizaine de kilomètres et un téléphone. Premier coup de fil du rectorat. Le preux chevalier ne peut pas répondre et le rectorat laisse un message qui parle d’un poste dans une jolie ville de banlieue (ça existe) et dans un lycée de centre-ville. Par l’odeur alléché, le preux chevalier rappelle le numéro indiqué. Répondeur : « nous sommes en vacances jusqu’au 7 janvier, merci de rappeler à cette date ». Chevalier interloqué. Heureusement le monsieur du rectorat était bien là. Il rappelle : « vous avez essayé d’appeler?

- A la base c’est vous qui avez essayé d’appeler, non?

- (Gros Blanc). Ah oui.

- Vous parliez d’un poste à …

- Oui, c’est seulement 9 heures, et c’est jusqu’au mois d’ avril, à partir de lundi, au lycée trucmuche de bidule. Ca vous intéresse?

Petite pause ici car cette question inspire deux réflexions :

1) les remplacements c’est à la carte maintenant? Chouette!

2) travailler deux fois moins pour gagner autant… attendez que je réfléchisse…

-Ouiiiii, ça m’intéresse!!! Enfin ce sera dur de commencer lundi même

- Bien sûr. Je vous envoie l’arrêté.

Toujours à ma gauche, un preux chevalier heureux. Le temps de reprendre ses esprits et d’appeler la famille et oupps, un signal d’appel.

- Rectorat, service des remplacements

- Oui?

- En fait j’avais oublié, le poste était déjà réservé pour quelqu’un qui a déjà fait un remplacement dans l’établissement.

- Ah… mince

- Mais je ne sais pas si la personne est disponible. Si elle l’est le poste est pour elle. Sinon il est pour vous.

- Euhh. Ben d’accord.

Il se trouve que je connais la personne en question. Et que le rectorat n’a pas rappelé. C’est raté pour le lycée de centre-ville à mi-temps.

Une demi-heure et 5 minutes de bonheur après le premier coup de fil, un preux chevalier, toujours à gauche, un peu dépité mais rassuré. En 2008 le rectorat, c’est toujours le rectorat. C’est bon de voir qu’il y a des choses qui ne changent pas.

 

Bon courage pour ceux qui rentrent demain

Bon courage aux autres aussi (y’a pas de raison).

 

Le preux chevalier




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