Chapitre 8, où le chevalier part à la recherche de la France qui se lève tôt

 

Ca y’est! J’en suis! J’ai enfin mon ticket d’entrée! Ca a dû se passer vers 5h35 ce matin, au moment où Sting commençait à chantonner « De Do Do Do De Da Da Da » (faut bien se lever de bonne humeur). Enfin peu importe. Car ça y’est! J’en suis! Me voilà enfin admis dans la race supérieure de la France des années 2000 : la France qui se lève tôt. Certains d’entre vous en font sûrement déjà parti mais pour les autres qui n’ont pas encore eu cet insigne honneur, je me dois de relater mon expérience dans ce monde parallèle.

Pour commencer la France qui se lève tôt prend son petit déjeuner sans s’affoler. Elle a pris sa douche la veille au soir pour ne pas entrer dans la catégorie ultime, la France qui se lève trop tôt. Elle met la radio pas trop fort, la France qui se lève tôt, parce qu’elle voudrait pas réveiller les voisins qui dorment, ceux de l’autre France. A la radio, pas de pubs! Les annonceurs sont forts. Ils savent que la France qui se lève tôt n’a plus le temps de consommer. Mon temps de cerveau disponible s’est en effet considérablement réduit ces derniers temps.

6h 15. Dans la rue la France qui se lève tôt se sent bien seule. Mais où sont donc passés les travailleurs acharnés??? Pas de voitures, pas de piétons et à peine deux ou trois personnes au comptoir de la brasserie du coin en train de prendre un café. Encore tout heureux de ma récente admission je me permets de les saluer en passant d’un air entendu. Après tout on fait partie du même club maintenant. On est un peu tous copains. Surtout qu’à ce que je vois on n’est pas très nombreux. Enfin… eux n’ont pas trop l’air de me calculer.

6h30 Quai du train de banlieue. La France qui se lève tôt a de la chance de trouver l’Equipe, le marchand de journaux vient tout juste d’ouvrir. Pas de problèmes pour s’asseoir, c’est pas la grande foule. Un homme dort allongé sur une rangée de trois sièges. Un autre se réveille brusquement à chaque fois que le « signal sonore » retentit. La France qui se lève tôt a l’air drôlement fatiguée.

7h25 Plus qu’une gare avant l’arrivée. Je termine la page volley féminin. Je me prépare à attaquer le supplément rugby (on s’occupe vraiment comme on peut) lorsque, stupeur, je me rends compte que le wagon est vide autour de moi. Mais où est donc passée la France qui se lève tôt?

7h35 Montée délicate dans un bus bondé direction le collège/lycée. Me voilà rassuré, j’ai retrouvé la France qui se lève tôt. Elle a 13 ans de moyenne d’âge, porte un cartable au poids inversement proportionnel à sa taille et se fait engueuler par le chauffeur du bus parce qu’elle refuse de se tasser pour faire tenir 300 personnes dans un bus conçu pour 50. Y’ a vraiment plus de jeunesse!

8h55 Fin de la première heure de module des secondes. Les pauvres! Trop fatigués, pas assez nombreux pour faire du bruit, les voilà coincés à m’écouter. La qualité de mes blagues est aussi incertaine que celle des pêches blanches au mois de septembre, mais je réussis à leur extirper un ou deux sourires et surtout une jolie frise chronologique.

9h55 La deuxième heure est un plus grand succès. Pas mal (trop?) d’animation dans ce demi-groupe et un prof qui émerge lui aussi peu à peu. Les élèves ont réussi à situer la Renaissance avec une marge d’erreur de plus ou moins 300 ans, alors tout va bien. Je me surprends à penser qu’ils sont bien sympathiques mais que je n’aimerais pas avoir à faire cesser leurs bavardages ce soir à 16h30. Ca tombe bien, la journée est déjà finie pour moi.

Moralité : 2h pour aller au lycée/2h de travail/ 2h pour rentrer du lycée. Oui, mais enseigner ça n’a pas de prix! (enfin si un peu quand même, merci de ne pas oublier ma fiche de paye à la DPE)

Voilà, cet après-midi la France qui se lève tôt va faire la sieste. Parce qu’elle est un peu fatiguée la France qui se lève tôt. Et parce qu’elle recommence demain et surtout samedi la France qui se lève tôt. Un jour, il faudra que je réfléchisse à un moyen de me désinscrire de ce petit club.

A plus

ps : peut-être est-ce à cause de mon admission au club mais je l’ai reçue ma lettre aux éducateurs. Ca me fait tellement plaisir d’être un éducateur. Peut-être que le la lirai demain à la place du supplément rugby. A voir…

5 Réponses à “Chapitre 8, où le chevalier part à la recherche de la France qui se lève tôt”


  • Bonsoir de la France qui se couche tard

  • O preux chevalier, une nouvelle quête t’attend : rester de marbre face aux énormités et à la langue de bois dont est truffée la lettre aux éducateurs de Hargneux 1er…
    Après l’avoir lue, la jeune Princesse Dézécoles que je suis a très envie de prolonger son congé maternité très très très longtemps !

  • tu as la pêche et je te souhaite de la garder en travaillant ds de vraies équipes, tt en prenant tes distances ac les ministres successifs…et tu en auras !… je crois que tu as cet esprit libre ! bravo et merci pour le délire qui est si proche de notre quotidien (je travaille en maternelle où les situations st parfois ubuesques si on compare certains jours ,nos programmes et la réalité du quotidien ds un groupe de 30 mômes de 3 ans ensemble !…)au plaisir de te lire , c’est mieux que la boîte aux lettres académique !

  • salut,
    tes papiers sont vraiment drôles et restituent bien le quotidien du prof même si je n’ai pas eu l’occasion de vivre ton expérience de « laissé pour compte au cdi » je me reconnais dans pas mal dans tes remarques.
    En tout cas tu as de l’humour et de la distance qualités essentielles pour bien vieillir dans le métier (le plus beau du monde selon sarko)…
    continue de nous régaler de tes impressions sur la vie comme elle va dans les trains de banlieue, les cdi, les salles des profs, les salles de cours??
    léa, prof hg, 30 ans

  • Un peu d’humour dans ce monde si beuuurrrkkk, ça fait du bien. Et ça me parle tellement…si je divise l’âge des enfants…par 4! ;-)
    Bonne suite !
    Une collègue des écoles

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